En route vers le Bénin – Carnet de voyage entre narration et réflexions

En route vers le Bénin – Carnet de voyage entre narration et réflexions

Il y a quelques mois, voilà ce qui nous faisait rêver … Ou plutôt : voilà ce qui nous fait rêver   depuis plusieurs mois…

Première vidéo de Manon qui présente le projet:

Aujourd’hui, nous sommes à trois semaines du départ ! Et il s’en est passé des choses…  Notre carnet de voyage, initié dans les deux articles précédents, poursuit sa route… Côté pile et côté face !

Vendredi 22 février, samedi 23, c’est « notre » week end ! Entre le souper de financement et la journée de formation avec Audrey et Thaïssa, nos partenaires d’Iles de Paix, le menu s’annonce chargé, mais pas indigeste pour autant !

Côté pile  – Les élèves terminent, qui leur semaine de cours, qui leur semaine de stage et arrivent, sourire aux lèvres, pour vivre un début de week end incongru au sein de l’école. Première étape : s’occuper de nos 105 convives ! Ce n’est pas une mince affaire ! Heureusement, Charlotte a préparé un planning : en cuisine, en salle, au bar, à l’accueil ou à la vaisselle, chacun aura son rôle à jouer. La bonne humeur est au rendez-vous et si certains se trouvent une passion pour le bar – à moins que ce ne soit pour le safari de l’apéro * -, d’autres assurent le service  et, entre deux plats dégustés avec leur famille, s’affairent de tous les côtés.  L’ambiance est à l’initiative : « Hé m’dame, je suis pas à mon poste, mais on avait besoin de moi ailleurs… Je suis toujours là, hein ! » Sourire extérieur d’approbation, sourire intérieur de satisfaction… Côté face – Depuis quelques  semaines, nous multiplions les dégustations et, désormais, samossas, sauce moyo, poulet yassa et gâteau à la patate douce n’ont plus aucun secret pour nous. Les folders publicitaires ont été épluchés avec  minutie. De promos en réclames, un certain garage s’est transformé réserve à boissons. Difficile de faire croire aux voisins que nous participons à la tournée minérale… Toute cette énergie, c’est le prix à payer lorsqu’on veut rester fidèle aux valeurs d’accueil et d’ouverture de notre école. En effet, nous avons lancé le pari  que « notre » projet Bénin serait accessible à tous, sans que le budget ne soit discriminatoire (ça aurait été un comble !) et du coup, notre créativité a  multiplié les activités de financement… Il y en a eu pour tous les goûts ! Et même si le sponsoring des sociétés a été plus que frileux, il a été compensé par l’enthousiasme de chacun. Le voyage n’en aura que plus de valeur, car il sera le fruit d’un investissement personnel. Bel apprentissage pour nos jeunes : donnez-vous les moyens de vos rêves… N’attendez pas pour agir !

  

Côté face, encore –  La soirée se termine et le succès fait retomber l’adrénaline. L’heure est à la décompression et c’est un vrai plaisir d’échanger avec Audrey et Thaïssa, ainsi qu’avec des collègues pensionnés venus nous encourager. On se remémore des souvenirs et, en particulier, un voyage au Burkina Faso, il y a vingt ans, avec une classe de rhétos, prémices d’une série d’actions en faveur de l’Afrique dans notre école.  Séquence émotion… Et puis, une petite frustration, quand même. Plusieurs jeunes étaient seuls, ce soir… Nous aurions tant aimé que leurs proches les voient « à l’œuvre », responsables et investis. Mais les contraintes de la vie familiale et professionnelle sont parfois telles qu’il est difficile de concilier le tout… Alors, positivons : c’est ce qui rend nos jeunes d’autant plus méritants !Côté pile – Les jeunes, aussi frais que des gardons, se dirigent vers la salle rhétos, transformée en dortoir pour la circonstance. Pas certain qu’ils dorment beaucoup, vu leur énergie et les rires qui s’entendent jusque dans la salle des profs, à une dizaine de mètres de là… Au passage, « cœurs »  sur celui ou celle qui a pensé à y placer des canapés, notre dos les remercie * Nous nous sommes faits volontairement discrets, pour que le groupe puisse prendre son envol… Et, à en croire le joyeux chahut qui anime la nuit, cela semble bien parti ! Le lendemain  matin, nous veillerons à leur offrir un petit déjeuner à l’ambiance familiale, car au Bénin, nous formerons certainement  une petite famille pendant quinze jours, alors autant s’immerger tout de suite !

Samedi, 7h30, côté face –  Une ambiance familiale, ce sont des petits pains tout chauds, une odeur de café, une table dressée, pour que chacun puisse s’installer et se parler. Le rendez-vous  a été fixé à 8h, autant dire en pleine nuit pour certains * Heureusement, nous pouvons compter sur un coup de main de Lucas, toujours prêt à rendre service ! Les jeunes arrivent, plutôt souriants, même si les cernes et le teint pâlot de certains trahissent une nuit un peu trop courte. L’ambiance est bon enfant  et Audrey et Thaïssa se font un plaisir d’aller titiller les derniers petits retardataires ! Mais de façon générale, les jeunes ont respecté le timing, et c’est de bon augure pour notre aventure… Parce que le temps, c’est une notion si énigmatique… Qui dépend du rythme de chacun, des états d’âme, de la culture,… En voyage, il faudra composer avec sa rigueur, surtout que nous décollons le jour du passage à l’heure d’été (croisons les doigts pour que personne n’ait oublié de changer les aiguilles de sa montre !), et son élasticité propre au continent africain. Entre habitudes et découverte d’une nouvelle culture, il faudra prendre le temps d’avoir le temps… Il faudra prendre le temps de la palabre… Côté pile – Tandis que nous rangeons la salle du petit déjeuner, le groupe rejoint Audrey et Thaïssa pour démarrer la formation. Aujourd’hui, il sera question d’agriculture, de malnutrition, de l’action d’Iles de Paix au Bénin. Il s’agira aussi de mieux connaître le pays, sa géographie, son histoire, ses traditions. Des binômes sont chargés d’une thématique, à présenter au reste du groupe : entre présentation,  discussion et écoute, chacun s’attelle à la tâche et se respecte, même si la fatigue tout doucement se fait sentir.

La journée est émaillée de deux moments forts : la rédaction d’une lettre à soi-même et un jeu pour exprimer ses attentes et ses craintes.  Côté face – Ecrire… Ecrire pour garder des traces, écrire pour se souvenir, écrire pour grandir… Cette lettre à soi-même, qui sera scellée et rendue à chacun au retour, risque de réserver bien des surprises… Quelle belle idée ! Côté pile – Tout le monde écrit, c’est surprenant. Certains noircissent plusieurs faces, c’est intriguant. Tous prennent l’activité au sérieux, c’est motivant ! Et puis vient le moment d’exprimer ses attentes et ses craintes.  Au chapitre des motivations, nombreux sont ceux qui, comme Cindy, Emmanuelle ou Maële, saisissent l’occasion unique d’enfin voyager pour découvrir une autre culture ou encore,  pour  Medhi, « quitter sa zone de confort », ou pour« éclore au reste du monde », comme le formule si bien Anthony. Berengère ou William, quant à eux, évoquent le sentiment de liberté…une fois déconnectés ! Et puis, il y a la rencontre humaine, comme l’évoquent Amandine et Xavière, qui a déjà commencé grâce aux contacts avec de jeunes correspondants. Enfin, il y a ceux, comme Charlotte, qui rêvent de mettre la main à la pâte… Côté face – Quand on les écoute, nos jeunes, on se dit que notre investissement en amont, pour rendre ce projet possible, en valait vraiment la peine. Nous nous sentons vivants ! Côté pile – Même si nous attendons tous le moment du départ, ce n’est cependant pas sans craintes. A côté de certaines peurs plus prosaïques, telles que la peur de la nourriture ou de la chaleur, certaines soulèvent des questions existentielles et la mort, tout particulièrement, est au cœur des préoccupations… « Et si, pendant le voyage,  il arrivait malheur à ceux qu’on aime ? Et si l’avion se crashait ? Et s’il nous arrivait malheur, à nous, loin de nos proches ?… » Côté face – Ces interrogations nous renvoient à notre rôle d’accompagnant et à nos responsabilités : il s’agira pour nous d’être ancrés et attentifs à chacun, dans l’empathie, sans pour autant devenir « pote » ou parent; rester soi, à sa place, pour que les repères, chers à Margaux, ne soient pas brouillés et que le jeune soit rassuré… et puisse cheminer… Et penser  peut-être à la clé de l’humour que nous livre Xavière lorsque Medhi évoque sa crainte de la mort : « Ah oui ?  On te dépose au Maroc ou on te ramène ? » L’éclat de rire est général ! Lorsqu’il est partagé, le rire dédramatise bien des situations : à retenir ! Enfin, certaines craintes résonnent en nous plus que d’autres : « la crainte de se perdre dans ses pensées » , que mentionne  Gaëlle, n’est pas inconnue pour certains d’entre nous… Côté pile, une dernière fois –  La journée se termine tout doucement et certains profitent d’un moment de pause pour fermer les yeux pendant  quelques minutes réparatrices – ou pas *, les dernières questions sont posées, le local rhétos est rangé, bientôt chacun rentrera chez soi, fatigué, mais heureux et fier. Côté face, une dernière fois – 16h30,  dernières embrassades, derniers échanges remplis de contentement. Nous refermons le volet de l’école, fatigués, mais impatients de nous envoler avec « nos jeunes »  dans quelques jours ! Avec de telles personnalités, le voyage sera intense, c’est une certitude !

                                                                                A suivre… Stay tuned !

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