« Furie »: de Kinshasa à Bruxelles, une histoire taillée à coups de poings

« Furie »: de Kinshasa à Bruxelles, une histoire taillée à coups de poings

Furie , le nouveau roman de Grazyna Plebanek, raconte le combat d’une femme pour s’imposer face aux hommes et aux coups durs de la vie, en gardant à l’esprit le Congo qui l’a vu naître et le champion de boxe, Mohamed Ali, qui était venu s’y battre. Une histoire qui embrasse celles de tous les déracinés vivant en Europe.

C’est l’histoire d’une demoiselle qui pensait grandir tranquillement à l’ombre de son père : Eddy, conteur, chauffeur et homme à tout faire, drôle et téméraire, qui racontait si bien la ville qui l’a vu naître, Kinshasa. Notamment ce jour d’octobre 1974 où la cité s’est parée de mille feux pour accueillir le combat du siècle entre George Foreman, champion du monde en titre, et Mohamed Ali, l’immense boxeur qui a inspiré son prénom.

En son honneur, Alia s’était même mise à la boxe, dans la foulée de son père, enchaînant les coups droits et les uppercuts comme d’autres les tirs au but ou les lignes de tricot. À mesure que s’arrondissaient ses biscoteaux et ses abdos, elle a vu les regards des garçons de son quartier se modifier et son physique d’athlète enfin susciter le respect.

Une enfance bercée par les histoires de Kinshasa

C’est l’histoire d’une petite fille devenue très tôt mère à la place de celle, démissionnaire, que tout le monde se plaisait pourtant à appeler Fourmi. Une Fourmi peu laborieuse, en vérité, tellement éprise de ses héros de feuilletons qu’elle ne décollait plus du canapé et était toujours prête à appeler Alia à la rescousse plutôt qu’à répondre elle-même aux suppliques de ses deux autres gamins. Il faut dire que la petite famille peinait à s’adapter à la réalité de la Belgique où l’avait entraînée le boulot d’Eddy, chauffeur-conteur de son état.
À l’école, Alia se lie d’amitié avec une jeune fille d’origine polonaise, intriguée comme elle par les mystères de la séduction et l’univers des garçons, et qui deviendra très vite sa « conseillère en image ».

Tour à tour fille, mère d’emprunt et policière

C’est l’histoire d’une jeune policière persuadée d’avoir enfin trouvé sa voie en s’affirmant du côté des gardiens de l’ordre et de la loi. Une jeune femme qui sent monter en elle une colère sourde contre ce système qui n’offre pas de place réelle aux personnes qui, comme elle, sont nées ailleurs ou n’ont pas le bon accent ou la bonne couleur de peau, voire les trois à la fois.
Une jeune femme bien décidée à gagner le respect de ses collègues et de ses concitoyens même si, pour cela, il lui faudra, une fois encore, faire parler ses poings.

C’est l’histoire d’une milice peu recommandable, décidée à « nettoyer les rues de la ville » et à imposer de nouvelles règles à sa façon. Des policiers qui ont basculé du côté très obscur de la force, à l’extrême droite de l’échiquier politique, et qui font régner la terreur, la nuit, parmi les sans papiers et les demandeurs d’asile.

Entre ces quatre réalités, il y a le fil de la vie que Grazyna Plebanek, auteure polonaise installée à Bruxelles, déroule savamment dans son septième roman, le premier à être traduit en français et à bénéficier du parrainage d’Alain Mabanckou. Passionnée par sa ville d’adoption, Grazyna Plebanek, immigrée et boxeuse comme son héroïne, a choisi d’explorer la vie d’Alia parce qu’elle était « surprise de découvrir ces pans entiers de l’histoire commune belgo-congolaise que l’école et la société belges n’avaient toujours pas décidé d’aborder et d’enseigner ».

Après avoir mené ses recherches à Matonge (quartier africain et même majoritairement congolais de Bruxelles), à l’université et à Kinshasa, mais aussi à Bruxelles et dans les commissariats, l’auteure dresse l’âpre portrait d’une femme forte, en lutte contre le paternalisme, le machisme et le racisme. Une jeune femme dont l’histoire personnelle et familiale a rapidement perdu les contours du conte de fées pour endosser la sombre tenue des combattants à mains nues.

Karin Tshidimba

Furie Roman de Grazyna Plebanek, traduit du polonais par Cécile Bocianowski, Editions Emmanuelle Collas, 436 pp. Prix env. 21 €

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