RDC: Parc des Virunga: l’adjoint d’Emmanuel de Mérode en prison

RDC: Parc des Virunga: l’adjoint d’Emmanuel de Mérode en prison

Par François Misser.

Le Procureur de Goma a fait jeter en prison le directeur de la société Virunga SARL qui construit et gère les centrales hydroélectriques du Parc national des Virunga

La défense de la nature est un exercice périlleux au Kivu. Le 15 février dernier, a été annoncée la réouverture du Parc national des Virunga, plus de dix mois après l’assassinat d’un éco-garde et le kidnapping de deux touristes britanniques. Des défis qu’a dû relever le directeur du parc, Emmanuel de Merode, qui doit aussi, parallèlement, mener le combat  pour rendre les activités du parc viables au plan économique, en promouvant l’exploitation de ses sites hydroélectriques après les attaques rebelles de décembre 2017 contre le chantier de la centrale de Luviro (https://afrique.lalibre.be/12504/attaque-contre-une-centrale-hydro-electrique-dans-le-parc-des-virunga/).

Une nouvelle épreuve est survenue le 14 février dernier avec l’incarcération à la prison de Munzenze d’Ephrem Balole, gérant de la société Virunga SARL – dont Emmanuel de Merode est directeur général –  qui construit et gère les centrales hydroélectriques du parc. La décision a été prise par le procureur Makanda, de Goma, suite à une plainte de la Division provinciale de l’Énergie, qui accuse Virunga SARL de ne pas avoir déclaré ses activités, de fonctionner et d’importer du matériel sans autorisation, de ne pas payer les droits, taxes et redevances dus au Trésor public.

Le chef de la Division provinciale de l’Énergie, Lambert Nawalgo Tchangwi, exige, dans un courrrier à M. Balole, le paiement de 1,62 milliard de francs congolais (environ 875 000 euros); cette somme concerne des amendes pour des prestations « sans titre », des « raccordements frauduleux » d’usagers, des « installations non homologuées », des « importations de matériel électriques non homologuées », la mise en service d’installation de transport et de distribution sans certificat de conformité, ainsi que la construction d’ouvrages hydrauliques sans autorisation ministérielle. Est également exigée une somme de 1,49 million de dollars pour le paiement de taxes relatives au plan des infrastructures de la centrale hydroélectrique de Mutwanga, outre diverses amendes et licences pour la commercialisation de l’énergie.

En somme, les activités de Virunga SARL  – financée par l’Union européenne (14,25 millions d’euros), la Belgique (3,14 millions), ainsi que les fondations américaines Warren Buffet (37 millions de dollars) et Schmidt Family (5 millions de dollars) – seraient illégales et frauduleuses.

L’arrestation de de Merode demandée

Et ce n’est pas tout : la Division provinciale de l’Energie exige encore du procureur l’arrestation immédiate du directeur général du Parc des Virunga et de Virunga SARL, Emmanuel de Merode, ainsi que celle de M. Balole, inculpé pour « détournement de fonds publics et faux en écriture ».

Seul Ephrem Balole sera emprisonné. Le 17 février, il est relâché grâce à l’intervention du directeur général de l’Institut congolais pour la protection de la nature (ICCN), Cosme Wilungula, qui exerce la tutelle sur le Parc. Mais l’alerte a été chaude.

Selon Virunga SARL, les accusations portées contre elle sont infondées. Soit les montants réclamés ont déjà été payés à l’administration provinciale. Soit, ils ne sont pas encore exigibles puisque la centrale de Mutwanga II, évoquée par la Division provinciale de l’Energie, n’est pas encore en service !

Dans les milieux judiciaires à Goma, on estime qu’un différend de nature fiscale n’aurait pas dû entraîner l’arrestation de l’adjoint d’Emmanuel de Mérode. Au pire, on aurait pu imaginer une saisie des comptes de la société.

Tentative de racket?

Mais il n’y a même pas matière, dit-on chez Virunga SARL. Selon une source proche du dossier, toute l’affaire se résume à une tentative de racket, orchestrée par la direction de l’Énergie avec la complicité du parquet. Une pratique assez courante à Goma. Le plan aurait été d’extorquer une forte caution en échange de la liberté provisoire du directeur général de Virunga SARL. Indice de cette stratégie : le fait que l’accusation ait maintes fois changé sa version des faits incriminant la société d’Emmanuel de Merode.

Moins dangereux que les assassins qui ont attenté à la vie du directeur du parc en 2014, certains snipers de l’administration provinciale du Nord Kivu semblent toutefois dotés d’un appétit féroce. La messe n’est peut être pas encore dite.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos