« Black Panther »: la victoire noire contre les a priori d’Hollywood

« Black Panther »: la victoire noire contre les a priori d’Hollywood

Avec 1,3 milliard de recettes récoltées à travers le monde en 2018, Black Panther est plus qu’un film : un véritable phénomène, un « mouvement de fond », le premier « blackbuster » de l’histoire du cinéma, sorti il y a tout juste un an.

Dans son documentaire Black Panther Power, Sophie Pagès est partie à la recherche des racines de ce succès. Une histoire d’attentes et d’espoirs longtemps enfouis, une enquête qui se fonde notamment sur l’évolution de la représentation des Noirs et de leur contribution au cinéma US. « Un film peut parfois contribuer à faire évoluer les mentalités. Black Panther, réalisé par Ryan Coogler, en est le parfait exemple », explique le documentaire à découvrir ce dimanche à 20h30 sur Be TV.

En 1966, Black Panther apparaît dans l’univers Marvel sous les traits dessinés par Stan Lee et Jack Kirby, deux immigrés qui en connaissent un rayon sur les questions de discrimination. Ce premier personnage noir fait déjà référence aux difficultés vécues par la population afro-américaine des États-Unis.

Brian Stelfreeze, son dessinateur actuel, a tout de suite été conquis par la nouveauté de ce personnage : premier Noir créé et placé au premier plan, au cœur même de l’univers Marvel. « Un roi africain aux super-pouvoirs. » Le film imaginé par Ryan Coogler reprend en effet les codes de la BD et offre à l’univers Marvel une résonance contemporaine.

L’actrice iconique Angela Bassett (au centre) incarne la reine du Wakanda

En présentant une « Afrique placée au centre du monde, à la pointe des découvertes technologiques, loin des clichés », Black Panther propose plus qu’un film de super-héros : il propose une vision d’une nation idéalisée mais qui est le résultat d’une longue lutte.

Le film fait ainsi écho et prolonge en images la lutte des Afro-Américains contre les inégalités dont ils souffrent aux Etats-Unis, mais aussi celle des Africains à travers le monde. Un sous-texte qui n’échappe à personne que l’on soit star de cinéma, ex-Première dame ou chanteur : de part et d’autre de l’Atlantique, les esprits se sont enflammés pour en faire l’un des plus gros succès au box office.

35 milions de messages envoyés

Black Panther a terminé sur la 3e marche du podium des meilleurs réussites de l’histoire d’Hollywood, derrière Star Wars : Le réveil de la force et derrière Avatar, mais c’est le film le plus tweeté de tous les temps avec 35 millions de messages envoyés ! Réussir à mêler divertissement à grand spectacle et combat politique contre les discours racistes de Donald Trump n’était pourtant pas gagné d’avance. Le film célèbre la fin d’une trop longue attente : celle d’un public en mal d’une plus grande diversité parmi les héros proposés sur grand écran.

Nakia (Lupita Nyong’o) and Shuri (Letitia Wright) ©Marvel Studios 2018

Acteurs, actrices, chanteurs, réalisateurs, sociologues et historiens témoignent dans ce documentaire de l’impact de ce film. Sophie Pagès a même interrogé deux militants des droits civiques qui soulignent la perception extrêmement positive du rôle de la femme africaine que Black Panther met en avant. Avec ses guerrières qui sont directement inspirées des amazones du Dahomey (actuel Bénin).
Le film montre aussi comment Hannah Beachler, chef décoratrice, a fait un grand voyage en Afrique du Sud pour préparer et étudier l’univers visuel du film. Au final, on y retrouve des références aux paysages du Mali et d’Afrique du Sud, aux coiffes des femmes zouloues, aux couvertures des bergers du Lesotho, aux scarifications des guerriers d’Afrique de l’Ouest et même un alphabet inspiré d’anciens idéogrammes du Cameroun et du Nigeria.

Mélange de passé et de présent, le Wakanda représente l’Afrofuturisme, « l’Afrique de tous les possibles ». Une Afrique qui fait rêver et à laquelle aspiraient tant de pays au moment de leur indépendance… Le documentaire précise même la localisation de ce pays « imaginaire » africain…

Le succès de Black Panther a contredit les idées reçues des studios d’Hollywood sur les acteurs et les histoires « dit(e)s noir(e)s ». Et donner ainsi un tas d’idées pour la suite. Restera à voir si ce coup d’essai, véritable coup de maître, sera suivi de nombreux effets…

Karin Tshidimba

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