Excuses de la Belgique pour son passé colonial: le monde politique circonspect

Excuses de la Belgique pour son passé colonial: le monde politique circonspect

Les réactions politiques se font rares depuis qu’un groupe d’experts de l’ONU a recommandé, il y a une semaine, à la Belgique de présenter des excuses pour son passé colonial. Il faut dire que le travail des experts se poursuit et qu’un rapport final n’est pas attendu avant plusieurs mois. Jeudi, aucune question parlementaire d’actualité n’a été posée à la Chambre sur cette demande. Le premier à avoir réagi publiquement est le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort selon qui la Région doit s’inscrire dans le débat et les autorités belges être en état de reconnaître une responsabilité. Ecolo et le PS ont renvoyé à des propositions, pendantes à la Chambre, visant d’une part à la réalisation d’un travail de mémoire permettant la reconnaissance des responsabilités, d’autre part à une analyse scientifique des biens culturels que possède la Belgique.

Le Premier ministre Charles Michel s’est pour sa part étonné lundi d’un rapport intermédiaire « très étrange ».

Dimanche, la question est revenue sur la table des débats télévisés. Dépêché par le parti du Premier ministre en affaires courantes sur le plateau de l’émission « C’est pas tous les jours dimanche » (RTL-TVI), le député MR Richard Miller a souligné la nécessité de « susciter le débat parlementaire le plus complet possible, sur tous les aspects » de la colonisation, la cruauté, la complexité politique de l’époque et la distinction qu’il convient selon lui d’opérer entre ce qui s’est produit avant 1908, lorsque le Congo était la propriété privée du roi Léopold II, période durant laquelle les faits les plus abominables ont été commis, et après 1908, lorsque le Congo est devenu colonie belge. A titre personnel, Richard Miller s’est dit favorable à des excuses. Un débat parlementaire pourrait s’engager sur cette question après les élections du 26 mai, à la faveur de la nouvelle composition du parlement.

Le député-bourgmestre de Ganshoren Pierre Kompany (cdH) a pour sa part souligné sur le même plateau télévisé l’importance de ces excuses, à même de « réchauffer les relations entre le Congo et la Belgique ». Selon lui, il y a une « attente de toute la population congolaise, de tous les jeunes ».

Intervenant au même moment sur le plateau de l’émission « De Zevende dag » (VRT), le président de la N-VA Bart De Wever s’est, lui, focalisé sur la responsabilité du roi Léopold II au Congo. « Si un pardon historique devait être demandé, et je pense que c’est à l’ordre du jour, car il y a eu de très nombreux morts pour de l’argent, alors je pense qu’il revient au chef de l’Etat de s’exprimer, et c’est effectivement nécessaire », a-t-il dit. Le président de la N-VA appelle le Palais royal à présenter des excuses.

Interrogée sur RTL-TVI, la professeure d’histoire de l’Afrique Amandine Lauro (ULB), chercheuse qualifiée du FNRS, ne s’est pas prononcée sur l’opportunité de présenter des excuses, une question à laquelle doit, selon elle, répondre le monde politique. Mais la chercheuse a souligné l’importance de ne « pas opposer les premiers temps de la colonisation », certes les plus abominables, et pires qu’ailleurs, « à un deuxième temps qui aurait été paisible et tranquille ». La violence et le travail forcé ont continué au Congo belge, a-t-elle précisé. Enfin, si elle ne s’est pas prononcée sur la nécessité de présenter des excuses, l’historienne a bien fait le constat que « la colonisation a été un processus d’appropriation par la force d’un territoire et de ses habitants, fondé sur la contrainte et une hiérarchisation raciale ».

Interrogé mercredi, le Palais royal n’a pas souhaité commenter l’appel du comité d’experts de l’ONU, renvoyant aux Affaires étrangères.

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