RDCongo: silence, on triche

RDCongo: silence, on triche

Opinion par Gérard Gerold

Ancien conseiller politique à la MONUC

Chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique.

Le 20 janvier 2019, la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo (RDC) confirmait les résultats de l’élection présidentielle promulgués par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) dans la nuit du 9 au 10 janvier et désignait Félix Tshisekedi comme président élu du pays.

Ces deux institutions garantes devant les citoyens et les électeurs congolais du respect de la Constitution et de l’état de droit ont délibérément trahi la vérité arithmétique des urnes et failli à leurs responsabilités. Elles ont occasionné la plus importante fraude de l’histoire électorale du continent africain.

En effet, cette manipulation des résultats de l’élection présidentielle s’est accompagnée d’un vaste tripatouillage des scrutins provinciaux et législatifs destiné à donner une large majorité de députés au rassemblement politique dirigé par le président sortant, Joseph Kabila. Tous les principes, procédures et standards dont l’application en matière électorale est exigée par la législation nationale et préconisée par les Nations-Unies, l’Union africaine et les organisations sous régionales ont été bafoués.

Ce qui vient de se passer en RD Congo n’est pas qu’un avatar électoral de plus dans une liste déjà longue de manipulations et de fraudes – Burundi 2015, Congo Brazzaville, Djibouti, Gabon et Tchad 2016, Rwanda 2017, Cameroun et Zimbabwe 2018 – Il s’agit, compte tenu de la taille de ce pays, de sa richesse, des innombrables souffrances subies par son peuple et de l’assistance internationale qui l’entoure depuis près de vingt ans, d’une agression délibérée contre son avenir démocratique. Bien plus, il s’agit d’un signal funeste envoyé à tous les Africains qui pensent avoir le droit de vivre dans le régime de leur choix et de jouir des libertés et des droits que leur promettent les préambules solennels des Constitutions, des Chartes et des Déclarations proclamées depuis les Indépendances.

Face à un détournement de processus électoraux d’une gravité inédite les diverses composantes de la communauté internationale sont demeurées inertes. Camouflées derrière l’excuse de la non ingérence ou du principe de subsidiarité, de la préservation du statu quo ou des intérêts économiques, elles ont honteusement déserté le front de la défense des principes démocratiques. Certaines ont même félicité l’imposteur en arguant de l’avènement d’une alternance politique prometteuse pour l’avenir du pays ou d’un heureux « compromis à l’africaine », comme si mensonge et mépris du peuple pouvaient constituer les principes fondateurs d’un renouveau démocratique et d’une amélioration de la gouvernance.

Les responsables européens se sont tout particulièrement distingués par leur peu d’ardeur à défendre le choix démocratique des Congolais et par leur empressement à reprendre les affaires au plus vite avec un pouvoir qui multipliait pourtant, depuis 2016, les mesures hostiles ou humiliantes à leur encontre.

Quant au leadership des Nations-Unies, tétanisées par la demande de retrait de la Monusco faite par Joseph Kabila à la tribune de l’Assemblée générale le 25 septembre 2018, il semble avoir oublié, à New York comme à Kinshasa, les principes fondateurs de son organisation, les termes du mandat qui devraient inspirer ses actions, ainsi que les milliards de dollars dépensés depuis 20 ans en faveur de la stabilisation et de la démocratisation de la RDC.

Refusons ce silence complice ! Il est encore temps d’agir pour :

  • Soutenir les dix millions d’électeurs qui ont voté pour Martin Fayulu ainsi que tous les citoyens, militants, candidats, hommes et femmes politiques, responsables de la société civile qui se sont sincèrement engagés dans le processus électoral, souvent au péril de leur liberté et de leur vie;
  • Demander aux autorités congolaises qu‘elles garantissent désormais un respect scrupuleux des libertés fondamentales, notamment celles d’opinion, de manifestation et de presse et qu’elles exigent de la Ceni la publication complète et immédiate des vrais résultats des provinciales et des législatives qui sont aujourd’hui contestés par des milliers de candidats ;
  • Demander aux autorités européennes et américaines de maintenir les sanctions prises en 2017 contre les dirigeants congolais responsables des entraves au processus électoral et des graves violations des droits de l’homme qui y étaient liées et de les étendre à M. Corneille Nangaa, président de la Ceni ainsi qu’à M. Benoît Lwamba Bindu, président de la Cour constitutionnelle, complices et coupables de l’imposture électorale du 30 décembre 2018.

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