Opinion: lettre ouverte à Félix Tshisekedi

Opinion: lettre ouverte à Félix Tshisekedi

Par Pie Tshibanda, psychologue, écrivain et conteur.

Monsieur le Président, je ne sais pas à quoi l’on pense au moment où l’on est proclamé Président d’un pays. J’imagine qu’entre autres images, vous avez revu Etienne Tshisekedi entre ces deux gorilles qui l’entraînaient vers un lieu où l’on discuta de lui inoculer un virus mortel ; sûrement qu’il vous est aussi passé à l’esprit une pensée du genre « Papa, tu vas pouvoir reposer en paix dans la terre de tes ancêtres. » Ce à quoi, le patriarche aurait répondu : « N’oublie pas l’objet de mon combat : le peuple d’abord ».

A elle seule, l’émotion suffisait pour justifier un malaise, lors de votre prestation de serment, que les oiseaux de mauvais augure ont interprété comme un signe annonciateur d’un malheur à venir. Chez nous, on dit : « Nous connaissons l’aîné qui doit être servi le premier à table mais nous ne connaissons pas le premier d’entre nous qui quittera cette terre des hommes ». L’euphorie passée, voici venu le moment de la prise de conscience de l’immensité de la tâche qui vous attend. Le défi est de taille mais le proverbe dit : « A cœur vaillant, rien d’impossible ».

Monsieur le Président, je vous écris cette lettre pour vous dire que je suis de ceux qui attendent d’avoir tué un ours avant de vendre sa peau. Elle a pour but de vous encourager à former une équipe capable de vous permettred’atteindre vos objectifs. Le pouvoir n’est pas une mangeoire dans laquelle les exclus d’hier viendraient chercher aujourd’hui leur part du gâteau. Le Congo de demain doit être celui où le vivre ensemble sera le maître mot. Vivre ensemble suppose entente, partage, respect mutuel, juste répartition de biens. Un sage a dit : « Il n’y a pas de joie à être seul ».

Autour de vous, des courtisans s’agglutinent déjà, avec l’espoir de devenir qui ministre, qui ambassadeur, qui président délégué d’une entreprise, qui douanier, hélas ! Ils devraient, tous et chacun, savoir que chaque poste de travail a son profil et que le candidat a son profil, lui aussi. C’est la comparaison de ces deux profils qui permet de sélectionner un candidat et de laisser tomber un autre. « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut » ! Telle sera votre devise, je l’espère.

Le Congo que nous souhaitons devrait être celui dans lequel chacun de nos compatriotes aura la même chance que tout le monde d’occuper un poste de travail. La philosophie de votre action devrait être celle qui prend en compte vos concitoyens avant toute autre considération. L’empathie, le sens de responsabilité, le sentiment du devoir accompli devraient être les maitres mots de l’exercice du pouvoir.

Le Congo, nous le construisons tous ensemble. Il vous faudra donc une pédagogie susceptible de mobiliser la population car les caisses de l’Etat, nous les remplirons ensemble, à la sueur de notre front. Je ne pense pas qu’il se trouve un seul Congolais qui ne rêve pas d’un Congo uni et fort, d’un pays où il fera beau vivre. Le soleil pointera à l’horizon lorsque chacun de nous prendra conscience que c’est par le travail que nous y arriverons.

Le peuple devra savoir qu’il y a une différence entre la caisse de l’Etat et les poches des individus, qu’il y a des biens personnels et des biens communs. Je souhaite que ceux qui ruminent leur frustration vous rejoignent : il y a de la place pour tout le monde dans notre pays. Chez nous, on dit : « C’est le mari de ma mère qui est mon père ».

Enfin, Monsieur le Président, ne vous accommodez pas des horreurs devenues banales aux yeux de certains. N’écoutez pas le chant des sirènes. Je suis de ceux qui pensent qu’avec votre équipe, nous y arriverons.

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