Côte-d’Ivoire: Une solution aux mutineries ?

Côte-d’Ivoire: Une solution aux mutineries ?

La Côte-d’Ivoire est-elle au bout de ses peines avec ses soldats mutins? Un accord, annoncé lundi soir par le ministre ivoirien de la défense, Alain-Richard Donwahi, a été accepté mardi par les militaires en révolte, qui ont démantelé leurs barrages et annoncé leur retour aux casernes. Alors, finie la crise? Pas si simple.

Elle est en effet un avatar de la quasi-guerre civile qu’a connu le pays après le refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale et de céder la place au Président élu Alassana Ouattara en 2010.

Impossible d’être élu

Arrivé au pouvoir après des élections irrégulières, en 2000, Gbagbo mène une politique de discrimination contre les Ivoiriens originaires du nord – comme son principal rival politique, Ouattara. Cela suscite la colère des militaires, dont une grande partie sont nordistes en vertu d’un accord passé à l’indépendance. En 2002, un coup d’Etat échoue et les putschistes se replient sur le nord du pays, rapidement coupé du centre/sud, où Gbagbo a abondamment recruté pour avoir « ses » militaires.

Sachant qu’il ne peut gagner une élection présidentielle régulière face à Ouattara et Konan Bédié – autre grosse pointure, originaire du centre du pays comme lui – Gbagbo repousse les élections à… six reprises et effectue, de facto, un second mandat de cinq ans sans avoir été élu. Mais en 2010, il ne peut plus éviter l’élection. Il perd le scrutin face à Ouattara, refuse de l’accepter et lance le pays dans une crise politico-militaire qui fera 3000 morts et lui vaut aujourd’hui d’être jugé par la Cour pénale Internationale.

Les ex-rebelles intégrés à l’armée

Ouattara, qui prend les rênes du pays, reconstitue une armée en y intégrant les turbulents ex-putschistes nordistes, dont le nombre a – comme au sud – été grossi, durant les années de partition, par des gens de sac et de corde. Réélu dès le premier tour en 2015, il lance en 2016 une loi de programmation militaire prévoyant la modernisation de l’armée. Celle-ci comprend l’achat de nouveaux armements, la réfection de nombreuses casernes, mais aussi une diminution des effectifs en vue d’une meilleure professionnalisation. Les militaires formés sur le tas craignent d’être les premiers à en faire les frais.

En janvier 2017, une mutinerie éclate dans plusieurs villes, impliquant surtout d’anciens rebelles. Ils réclament des hausses de soldes, le paiement de primes et la réfection des casernes, pas encore entamée. Alors que les violences touchent six villes, le gouvernement cède et promet le paiement, à chacun des 8400 mutins, de 12 millions de F. CFA (18 000 euros) de prime. Cinq millions sont versés tout de suite, le solde devant l’être en mai. Au total, l’Etat devra débourser 90 millions d’euros pour ces « primes exceptionnelles ».

Mais le succès des mutins fait école: les Forces spéciales réclament 17 millions de F. CFA pour chacun, les gendarmes veulent eux aussi une prime exceptionnelle, les démobilisés exigent 18 millions de F. CFA par personne, l’administration refuse qu’on l’oublie. Intenable!

D’autant que le prix du cacao, dont la Côte-d’Ivoire est le premier producteur (40% de la production mondiale) a brutalement chuté, faisant perdre « près d’un milliard d’euros » au pays. Le budget national est réduit de 10%. Le gouvernement reporte à 2018 une des principales promesses électorales, l’électrification de chaque village de plus de 500 habitants, et renonce à des projets de construction d’écoles et de centres de santé.

Maladroite cérémonie

Croyant avoir trouvé une issue, les autorités organisent, le 11 mai, une cérémonie officielle au palais présidentiel, dont un reportage différé et soigneusement monté est envoyé à la télévision pour diffusion. On y voit un porte-parole des mutins, le sergent Fofana, présenter « les excuses » des mutins de janvier et annoncer qu’ils renoncent « à toute revendication financière ». Une maladresse qui relance, dès le lendemain, la mutinerie à travers le pays. Les militaires en révolte exigent ce qu’on leur a promis afin de se faire « une nouvelle vie », pour laquelle ils se disent prêts à mourir.

Alors que l’opinion est divisée sur ce qu’il faut faire des mutins – sévir, pour enrayer toute contagion; céder, pour éviter un coup d’Etat militaire – l’accord conclu lundi soir et accepté ce mardi 16 mai n’a pas été rendu public. Selon les mutins de Bouaké, cependant, il consisterait à payer tout de suite une seconde tranche de 5 millions de F. CFA à chaque mutin et les 2 millions restants le mois prochain.

Le gouvernement ivoirien essaie ainsi d’enrayer la dégradation de son image auprès des investisseurs, alors qu’il en attend beaucoup pour son Plan national de développement 2016-2020. Signe que les marchés sont attentifs à la crise des mutins: lundi, les cours du cacao ont atteint leur point le plus haut en six semaines, des hausses qui n’avaient plus été observées depuis cinq ans, selon Bloomberg.

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