Attentat contre Habyarimana: dès 1994 Paris savait que les commanditaires étaient hutus

Attentat contre Habyarimana: dès 1994  Paris savait que les commanditaires étaient hutus

Le site d’information Mediapart et Radio France ont publié mercredi des extraits d’une note “jamais dévoilée” des services secrets français qui, selon ces médias, a désigné dès septembre 1994 deux extrémistes hutus rwandais comme les “principaux commanditaires” de l’attentat du 6 avril 1994 où périt l’ex-président Juvénal Habyarimana et qui servit à déclencher le génocide.

« Ce document du renseignement français désigne deux extrémistes du régime, les colonels Théoneste Bagosora, ancien directeur du cabinet du ministre de la Défense, et Laurent Serubuga, ancien chef d’état-major des Forces armées rwandaises (FAR), comme ‘les principaux commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994’”, affirment Médiapart et Radio France.

Cet attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu, donna le signal de départ au génocide des Tutsis (un million de morts), préparé depuis plusieurs mois.

Protégé par la France

En 2011, le colonel Bagosora, un des principaux instigateurs du génocide. fut condamné à 35 ans de prison en appel par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Il purge sa peine au Mali.

Laurent Serubuga, accusé d’implication dans le génocide par Kigali, vit en France depuis 1998. En 2000, des ONG – dont la FIDH (Fédération des ligues de défense des droits de l’homme) ont porté plainte contre lui pour son rôle dans le génocide mais le procureur de Strasbourg avait refusé d’enquêter, estimant que les preuves contre lui étaient insuffisantes.

En 2014, la justice française a rejeté la demande d’extradition de ce Rwandais vers Kigali.

Depuis 25 ans, Paris accuse le FPR

Depuis 25 ans, l’establishment français soutient la thèse selon laquelle l’attentat contre l’avion a été perpétré par le Front patriotique rwandais (guérilla dominée par les Tutsis; au pouvoir à Kigali aujourd’hui), alors que de nombreux indices pointent vers une culpabilité des extrémistes hutus. Ceux-ci étaient furieux qu’Habyarimana ait été poussé par ses pairs africains à appliquer l’accord de partage du pouvoir qu’il avait signé avec le FPR en août 1993.

Paris a soutenu les génocidaires rwandais avant, pendant et après le génocide des Tutsis. Il a fallu attendre 2013 pour que la France poursuive l’un d’eux en justice, bien qu’elle en abritât plusieurs.

Bagosora et Serubuga appartenaient au camp des faucons. La note de la DGSE indique en outre qu’ils pardonnaient mal leur mise à la retraite, en 1992, par Habyarimana.

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