Il était une fois Mobutu

Il était une fois Mobutu

Une bonne biographie du Maréchal Mobutu vient de sortir de presse

Vingt ans après son départ précipité du pouvoir, l’ombre du Maréchal  Mobutu plane toujours sur son ex-Zaïre. “Beaucoup de Congolais sont nostalgiques, explique Jean-Pierre Langellier, ancien journaliste au journal Le Monde.  En fait, les gens ont oublié ses excès, ses dérives, ses exactions, pour ne conserver qu’une image glorieuse. Celle d’un homme qui a instauré et préservé la paix, qui a forgé l’unité du pays et qui l’a maintenue, qui a réussi à placer son Zaïre sur l’échiquier international.”

En un peu plus de 400 pages, l’auteur nous invite à découvrir le parcours d’un homme hors du commun, De sa prime enfance à son sacre, en passant par sa période de… journaliste. “J’ai parcouru plus de 200 articles qu’il a signés. On peut y découvrir son évolution. On sent qu’il devient un homme politique.” 

Vingt ans après, certains événements résonnent d’une étonnante actualité. Comme cette lettre des treize commissaires du peuple du 1er novembre 1980. On peut y lire: “Voilà quinze ans que nous vous obéissons (…). Après ces quinze ans de pouvoir que vous avez exercé sans partage, nous nous trouvons en présence de deux camps absloument distincts. D’un côté, quelques privilégiés scandaleusement riches. De l’autre, la masse du peuple croupissant dans la misère noire (…). En refusant de démocratiser réellement le pays, en imposant un unanimisme de façade qui ressemble de plus en plus à une paix de cimetière, vous avez interdit à notre peuple le nécessaire apprentissage de la libre confronation d’idées dans un esprit d’émulation construtive…”. Le parallèle avec l’ère actuelle est malheureusement frappant. “Mais ce qui change, c’est le côté médiocre de ce que l’on vit aujourd’hui. Kabila n’a pas le talent, pas le carnet d’adresses internationales, la situation géopolitique a complètement changé. Mobutu était un stratège exceptionnel. Aujourd’hui, on a le sentiment d’un pays dirigé à la petite semaine par des gens qui veulent seulement durer le plus longtemps possible sans la moindre perspective.” 

A la question de savoir comment on peut expliquer le peu de réactions de la population congolaise face aux difficultés du quotidien et à la prédation sans borne du pouvoir , l’auteur parle “d’usure, de fatigue de la population”. Mais aussi de “répression” et de “rivalité entre les personnes”. “Toute l’histoire de ces 70 dernières années est marquée par ces confronations entre individus qui rêvent tous de pouvoir et qui jouent leur carte personnelle au détriment du peuple. Mais aujourd’hui, je connais moins bien ce pays et je ne peux imaginer quelle voie il va suivre. Mais les tensions sont vives”.

Jean-Pierre Langellier : Mobutu, Ed. Perrin. 431 pages, 26,95€.

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