Un sourire de perles pour mieux cacher la détresse

Un sourire de perles pour mieux cacher la détresse

Clemantine Wamariya livre un témoignage précieux et édifiant sur le conflit au Rwanda. Elle avait six ans.

C’est un récit poignant, édifiant, que livre Clemantine Wamariya, militante pour les droits de l’homme et nommée au conseil du musée du Mémorial de l’Holocauste de Washington par le président Obama. Elizabeth Weil, journaliste, entre autres au New York Times, lui a prêté sa plume pour La Fille au sourire de perles***, titre inspiré d’une fable traditionnelle rwandaise. Le conflit rwandais, dont on commémore le vingt-cinquième anniversaire, se lit ici de l’intérieur, par la voix de la petite Clemantine qui raconte, avec force détails, comment sa vie a changé du tout au tout lorsque des bruits inattendus se sont fait entendre dans le jardin, que les rideaux sont restés tirés, que les visages heureux de ses parents se sont assombris.

Envoyées chez leurs grands-parents, les fillettes ont continué à entendre gronder le tonnerre… Leur grand-mère leur a ordonné de fuir le pays de collines. Ce sera la fin de l’enfance, le début de l’exil, en passant par sept pays d’Afrique. L’autrice raconte alors six années passées dans les camps de réfugiés, les queues pendant cinq heures pour obtenir du maïs ou la peur de disparaître, de perdre son identité, de périr dans l’eau, sans laisser de trace. Mais aussi, la violence de son beau-frère, la personnalité qui se forge…

Avenir brillant

Clemantine, sa grande sœur Claire, son mari et leurs enfants arriveront finalement aux États-Unis et y retrouveront leurs parents, contre toute attente, grâce à l’Oprah Winfrey Show. Mais les retrouvailles seront plus difficiles qu’espérées, la vie aux Etats-Unis aussi. Chacun suivra un destin différent. Promise à un avenir brillant, Clemantine peinera à s’intégrer à l’université de Chicago en raison de la colère qui sourde toujours en elle.

Et l’on réalise, à la lecture de ce précieux témoignage, combien l’âme brisée ne peut se cicatriser. Malgré les efforts, les bonnes volontés, le temps qui passe, le mensonge des retrouvailles avec une maman perdue à l’âge de cinq ans, les voyages en avion privé ou encore les cérémonies de souvenirs au Rwanda, rien, jamais plus, ne sera comme avant. Seule la lecture, à plusieurs reprises, de La Nuit d’Elie Wiesel la calme, tant elle se reconnaît dans la douleur de l’écrivain. La jeune fille ne trouve pas, elle, les mots pour dire les atrocités qu’elle a vécues. Les clichés, les questions la blessent, comme celles qui surgissent après la sortie du film Hôtel Rwanda. Elle ne comprend pas comment on ose l’interroger sur une période si sombre de sa vie. Tout au long du récit, la narratrice reste sur le fil, prête à sombrer, même si, en apparence, tout semble aller pour le mieux.

La Fille au sourire de perles Récit De Clemantine Wamariya et Elizabeth Weil, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julie Groleau, Les Escales, 296 pp. env. 23 €

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