Diplomatie pour les nuls: Congo: à la soupe!

Diplomatie pour les nuls: Congo: à la soupe!

Par Marie-France Cros.

Les (rares) changements à la tête de l’Etat, au Congo, sont l’occasion de grands mouvements migratoires: la famille élargie des nouveaux promus se rend dans la capitale, où elle campe en attendant de recevoir des sinécures, tandis que les partants se dépêchent de s’octroyer des avantages par des décrets au besoin antidatés. La proclamation de Félix Tshisekedi comme chef de l’Etat n’a pas manqué à cette tradition.

Un « flot » de membres de son ethnie est en effet arrivé à Kinshasa, remarqué par plusieurs sources de La Libre Afrique; les Lubas sont « d’un coup » présents en plus grand nombre dans les « ngandas » (cafés, petits restaurants) du centre-ville, tandis que circule sur les réseaux sociaux une vidéo montrant de nombreux parents de la famille Tshisekedi – qui a passé la plus grande partie de sa vie en Belgique – embarquant pour le Congo. Tant et si bien que le nouveau Président a informé les hôtels de Kinshasa que les notes de ses invités avaient déjà été réglées et que celles des personnes qui se présentent comme invitées doivent dorénavant être réglées par elles-mêmes.

Côté partants, la tradition est respectée aussi. Le Premier ministre sortant Bruno Tshibala – un ancien de l’UDPS qui avait rallié Joseph Kabila avant Felix Tshisekedi – a en effet veillé à ses vieux jours en s’octroyant, par décret daté officiellement du 24 novembre 2018, une série d’avantages. Ceux-ci sont dus aux « anciens membres du gouvernement », mais seulement à partir du 24 novembre 2018 et sans effet rétroactif; ils le sont toutefois « pour la durée de leurs vies » et, bien sûr, « à charge du Trésor public ». Parmi ces « anciens membres du gouvernement » figurent également les vice-ministres et « personnalités exerçant des fonctions équivalentes » dans les cabinets du chef de l’Etat et du Premier ministre. Leur seul devoir en échange: respecter la loi et ne pas occuper de fonctions officielles.

Ces « avantages » valent leur pesant d’or: l’ex-Premier ministre, donc M. Tshibala, a ainsi droit à une indemnité de 5000 dollars par mois pour son logement, les ministres à 1000 dollars. A cela s’ajoute « une indemnité mensuelle estimée à 30% des émoluments de ceux (NDLR: les ministres et le Premier ministre) en fonction ». Ainsi qu' »un titre de voyage par an en business class sur le réseau international », un passeport diplomatique; « des soins médicaux au pays et à l’étranger pour lui-même ». De quoi voir venir!

Mais pourquoi se gêner puisque l’exemple est venu d’en haut? Joseph Kabila a en effet décrété qu’il ne quitterait pas la résidence présidentielle, affirmant qu’il l’avait acquise – sans en montrer les titres légaux. Or, cette résidence résulte de la réunion de deux terrains acquis et bâtis aux frais de l’Etat par Mobutu, devant servir à loger l’une le président du parlement (le premier à y habiter fut Anzuluni Bemba), l’autre le Premier commissaire d’Etat/Premier ministre (elle fut habitée par Kengo, Likulia ou Mabi Mulumba). M. Kabila n’a, en outre, pas encore vidé le Palais de Marbre – résidence construite aux frais du Trésor, sous Mobutu, pour y loger les invités de l’Etat – où habite sa famille. Félix Tshisekedi, lui, loge dans un modeste pavillon de la Cité de l’OUA.

Joseph Kabila a aussi « remercié » ses fidèles qui pourraient ne pas bénéficier de son alliance avec Félix Tshisekedi (il faudra faire des places aux nouveaux-venus de l’UDPS) en nommant « ambassadeurs » 26 personnes qui lui ont rendu des services, dont deux des enfants Lumumba, Juliana et Roland, et une fille Tshombé, Isabelle; l’ex-conseiller diplomatique et ex-gouverneur du Sud-Kivu Marcellin Cishambo; ou encore l’historien parisien Elikya M’Bokolo, qui s’était rallié à Kabila il y a quelques mois. Le 27 décembre 2018, le président sortant a aussi nommé au grade de « directeur » de l’administration… 1213 personnes!

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