RDC : Un discours d’investiture qui annonce le changement de la Constitution

RDC : Un discours d’investiture qui annonce le changement de la Constitution

Le départ de Joseph Kabila du devant de la scène politique a été ponctué par un « discours programme » du nouveau président qui ne manque pas d’ambitions. Mais faute de disposer de la majorité parlementaire, Félix Tshisekedi devra se contenter du programme de la coalition que lui propose son prédécesseur.

En effet, le FCC, le regroupement politique constitué autour de la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary et donc au service de la Kabilie est incontournable et ne devrait même pas avoir besoin de l’aide du nouveau président et de sa plateforme Cach pour légiférer comme il le veut. Il serait créditer de 337 sur les 500 de la Chambre, auxquels il faudra ajouter les sénateurs. Dans cette chambre haute, sur 108 places à pourvoir, la famille présidentielle devrait au moins s’en offrir 40, ce qui lui permettrait de disposer d’une majorité absolue et même d’une majorité des 3/5e nécessaire pour modifier la Constitution.

Aujourd’hui, le FCC tend a main à la plateforme de Tshisekedi et le président n’a pas trop le choix s’il veut permettre à ses ouailles de goûter aux joies du pouvoir.

Et c’est là où le bât blesse ! Lors de son tout premier discours en tant que président congolais, Félix Tshisekedi a oublié l’attachement qu’il portait il y a peu encore à la Constitution congolaise sur laquelle il a prêté serment. Pas un mot sur le respect strict des dispositions que son prédécesseur aurait souhaité modifiées, comme le nombre et la durée des mandats ainsi que le mode de désignation du Président de la République.

Sur un des sujets qui tient à coeur Joseph Kabila, à savoir l’élection du président par les chambres, Félix Tshisekedi a même ouvert la voie à un changement de la Constitution en évoquant la nécessité d’adapter les modes de scrutin aux réalités congolaises en préservant les capacités financières du pays. Le mot est lancé et ressemble mot pour mot aux argumentaires déployés par la famille kabiliste quand elle tentait de justfier une modification de la constitution et de la loi électorale. 

Cette ressemblance entre les deux discours indique que les souffleurs du premier cercle de Joseph Kabila ont inspiré au moins en partie le discours du nouvel allié. Au lieu de revenir à un scrutin à deux tours réclamés par les Congolais, Félix Tshisekedi trace la route vers une modification de la Constitution qui permettra à une large majorité parlementaire d’élire son successeur.

C’est donc le sourire aux lèvres et le regard masqué derrière de grandes lunettes de soleil que Joseph Kabila a goûté aux propos de son successeur. La majorité qu’il s’est confectionnée sur mesures grâce à la machinerie de la Ceni et de son président Corneille Nangaa lui permet de voir venir. 

Comment les Congolais réagiront-ils face à ce risque de modification de leur Constitution ? Personne n’a oublié les événements  violents qui ont secoué Kinshasa en Janvier 2015 quand Joseph Kabila avait tenté de modifier le texte pour s’offrir la possibilité de prétendre à plus de deux mandats successifs.  La répression avait fait des dizaines de morts et de disparus.

Loin de rassurer sur la marge de manoeuvre du noveau président, le premier discours de Félix Tshisekedi a laissé entrevoir au mieux une filiation, au pire une dépendance totale vis-à-vis de la Kabilie.

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