Sierra Leone: interdiction des rites initiatiques des sociétés secrètes

Sierra Leone: interdiction des rites initiatiques des sociétés secrètes

Les autorités sierra-léonaises ont annoncé mercredi l’interdiction des rites initiatiques, très répandus en Afrique de l’Ouest pour préparer filles et garçons à entrer dans l’âge adulte, après que deux personnes eurent été tuées, neuf enlevées et un policier blessé lors d’incidents impliquant des membres de sociétés secrètes traditionnelles.

« Le gouvernement a, avec effet immédiat, interdit toutes les initiations sur l’ensemble du pays », a indiqué le ministre des Pouvoirs locaux, Anthony Brewah, dans une directive envoyée à tous les chefs coutumiers et aux autorités locales qu’a pu consulter l’AFP.

En Sierra Leone et dans les pays voisins (Liberia, Guinée, nord de la Côte d’Ivoire, sud du Mali), la société secrète masculine du Poro est chargée de l’initiation des jeunes garçons et des funérailles.

Lors de retraites pouvant durer plusieurs mois dans un « bois sacré » en dehors du village, le jeune homme est « avalé » par un esprit, qui lui laisse la « marque de ses dents » dans le dos – en fait des scarifications faites avec des lames de rasoir. Le rite initiatique des jeunes filles comprend des mutilations génitales rituelles, dites « Bondo ».

Plus de 90% de la population de Sierra Leone est concernée par ces rites ancestraux et secrets.

La mesure d’interdiction a été prise au lendemain de l’enlèvement dans le sud du pays de huit employés et d’un chauffeur de la société minière Sierra Rutile.

« Ils ont kidnappé les ouvriers et pris le bus et les ont emportés dans le bois de Poro », alors qu’ils se rendaient au travail avant l’aube, a déclaré à l’AFP un porte-parole de Sierra Rutile, Pointdexter Sama. « Nous respectons les traditions et la culture des populations, mais nous plaidons pour que les société secrètes ne perturbent pas notre travail ».

La police a par ailleurs indiqué qu’elle avait ouvert une enquête après que deux personnes eurent été tuées et un policier blessé lundi lors d’un affrontement aux abords d’une exploitation de la Socfin, une holding propriétaire de plantations en Afrique et en Asie. Les populations locales, en conflit depuis des années avec cette société, dont le français Bolloré est actionnaire, auraient tenté d’occuper des terrains au nom de la société secrète, selon des sources locales.

Dix personnes, dont un élu local, Shiaka Sama, ont été arrêtées dans le cadre de cette enquête, selon la police. Dans sa lettre, le ministre des Pouvoirs locaux a dénoncé les « individus qui utilisent les sociétés secrètes pour régler leurs conflits avec leurs opposants politiques ».

« Nous saluons l’interdiction immédiate des initiations de toutes les sociétés secrètes », a réagi la secrétaire générale du Forum contre les pratiques traditionnelles dangereuses, Aminata Koroma, tout en regrettant qu’il ait fallu attendre que des hommes et des investisseurs soient concernés pour que des mesures soient prises, alors que le décès récent d’une fillette de 10 ans des suites de mutilations génitales traditionnelles n’avait pas entraîné de réaction du gouvernement.

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