Début du procès d’un avocat belge et d’un écrivain visés par une plainte de Nkurunziza

Début du procès d’un avocat belge et d’un écrivain visés par une plainte de Nkurunziza

L’avocat belge Bernard Maingain et l’écrivain burundais David Gakunzi comparaîtront jeudi et vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour répondre de diffamation dans le cadre d’un reportage sur le Burundi diffusé par France 3 en janvier 2016. L’affaire fait suite à une plainte déposée par le président du Burundi, Pierre Nkurunziza. Bernard Maingain et David Gakunzi, tous deux très critiques face à la réélection en 2015 du dirigeant burundais à un troisième mandat contraire à la Constitution, font l’objet d’une plainte pour diffamation déposée par la présidence burundaise.

Le procès se tiendra ces jeudi et vendredi, a confirmé Me Maingain à l’agence Belga.

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, et le journaliste auteur du reportage, Luc Lagun-Bouchet, sont également poursuivis.

En cause: un reportage intitulé « Le Burundi en proie à des violences extrêmes », diffusé le 13 janvier 2016 sur France 3.

« Chaque jour dans tout le pays, on enlève des jeunes, on les torture, on les tue, on les mutile. Cela est fait par des miliciens ou la garde présidentielle », peut-on y entendre dans la bouche de l’écrivain David Gakunzi.

Ce court documentaire s’appuie notamment sur des images insoutenables de jeunes hommes assassinés, présentés par le commentaire comme des opposants au pouvoir burundais filmés à Karuzi. Au micro de France 3, l’avocat Maingain explique avoir reçu ces images d’informateurs au coeur du régime.

Or les personnes visibles dans la vidéo ne parlent pas le kirundi mais le hausa, une langue qui n’est pas utilisée au Burundi. Et les images correspondent à une vidéo diffusée sur Youtube déjà en 2015.

Sur internet, France 3 a supprimé le reportage car « il comportait des erreurs factuelles ».

Bernard Maingain assume « une erreur d’interprétation » liée à l’urgence d’alerter sur la situation. Il soutient néanmoins que cette vidéo a servi dans le cadre de la formation des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir. « Montrer de telles images pour apprendre à assassiner, c’est peut-être encore pire », estime-t-il.

Devant le tribunal, Me Maingain compte en tout cas plaider sa bonne foi.

L’avocat belge fait partie d’un collectif d’avocats qui a saisi la Cour pénale internationale et le Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme en mars 2016 au nom de dizaines de familles de victimes d’exécutions extrajudiciaires au Burundi. Il a défendu plusieurs militaires accusés d’avoir participé à la tentative de coup d’Etat des 13 et 14 mai 2015 et a été accusé par Bujumbura de complicité de coup d’Etat lors du procès en décembre 2015.

Le Burundi est en crise depuis que le président Pierre Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat controversé. Les leaders d’opposition, les grandes figures de la société civile et une centaine de journalistes indépendants ont été poussés à l’exil.

Les violences qui ont accompagné la crise ont fait au moins 1.200 morts et déplacé plus de 400.000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, selon les estimations de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête.

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