Algérie : Le défi du général Ghediri

Algérie : Le défi du général Ghediri

Candidat à l’élection présidentielle, il prône la rupture avec le régime politique pour édifier une IIe République.

Est-ce la fin du suspense ? En fixant l’élection présidentielle au 18 avril, Abdelaziz Bouteflika a secoué une classe politique amorphe, mais toujours suspendue aux oracles pour connaître les intentions du chef de l’État. Âgé de 81 ans et lourdement handicapé par un arrêt vasculaire cérébral qui l’a cloué sur un fauteuil roulant depuis 2013, le président est apparu, le 1er novembre dernier, dans un état de délabrement physique avancé. Si les Algériens sont partagés entre la compassion et la colère, ses partisans prônent toujours la « continuité » et le supplient de briguer un cinquième mandat pour « éviter le chaos ». En attendant la décision du Président, c’est son frère cadet, Saïd, qui dirige le pays derrière le rideau. Dans ce climat de crise imminente, plombé par des intérêts claniques, l’opposition, tétanisée, semble résignée à la fatalité du statu quo.

Les « aventuriers » du cinquième mandat

Le mois dernier, Ali Ghediri, général-major à la retraite depuis 2015, entre alors en scène pour jouer les trouble-fête d’un scénario joué d’avance. Inconnu des Algériens il y a quelques mois, l’ancien directeur des ressources humaines au ministère de la Défense est, depuis quelques semaines, au cœur de la vie politique. Âgé de 64 ans, ce fils d’un modeste mineur de fond a grimpé dans la hiérarchie militaire à la force des neurones : major de promo de l’École de guerre de Moscou, master en relations internationales, docteur en sciences politiques, polyglotte…

Par une série d’articles de presse, Ali Ghediri attaque frontalement « les aventuriers » qui défendent un cinquième mandat du président Bouteflika pour continuer à gouverner à l’ombre d’un vieil homme très diminué. Cette saillie, inhabituelle de la part d’un ex-officier supérieur, a déclenché la colère du général Gaïd Salah, 83 ans, ministre délégué à la Défense et chef d’état-major de l’armée. Invoquant le « devoir de réserve », le gardien du temple a tenté, par des déclarations d’une rare violence, d’imposer le silence au trublion, allant jusqu’à le menacer de poursuites judiciaires.

Édifier la IIe République

Loin de se laisser intimider, Ali Ghediri a répondu samedi en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle. Dans une déclaration à la hussarde, il a dressé un « constat amer » de la faillite du régime, en dénonçant « l’État de non-droit, le vieillissement de sa composante humaine, l’injustice sociale, la rente érigée en système de gouvernance, le népotisme et la corruption qui gangrènent la société ». En attendant son programme détaillé, son projet de redressement en miroir prône « la rupture sans reniement« , pour « édifier la IIe République […] sur la base d’une réelle refondation démocratique et d’une reconfiguration institutionnelle dans le moule d’un projet de société moderniste ». Un « défi majeur […] pour mettre l’Algérie en phase avec sa destinée, qui ne peut se réaliser sans l’adhésion et l’implication du peuple ».

Si la tradition militaire n’aime pas les voix discordantes, le défi d’Ali Ghediri est un électrochoc qui ne manquera pas de modifier les équilibres dans le sérail. Dans un pays où les scrutins sont joués d’avance, sa candidature surprise a déjà brouillé les cartes, pour mieux les redistribuer.

En croisant le fer avec le chef d’état-major de l’armée pour se dresser contre le mandat de trop du président Bouteflika, Ali Ghediri semble déterminé à aller jusqu’au bout de son projet, « avec l’adhésion et l’implication du peuple ». Un pari risqué dont on ignore, pour l’instant, l’écho aussi bien dans la population que parmi ses anciens camarades de caserne encore en activité. Mais, pour séduire un pays handicapé par la corruption et l’affairisme sulfureux, il a un atout majeur : une solide réputation d’intégrité. « Durant ma carrière militaire« , écrit-il dans sa déclaration de candidature, « j’ai vécu de mon salaire comme unique source de revenus, et, présentement, je vis de ma seule pension de retraite.”

Pour les Algériens, l’enjeu est de taille et le choix binaire. Entre Ali Ghediri, candidat de 64 ans à la présidentielle qui prône le changement par la réforme démocratique, et le vieux général Gaïd Salah, chef d’état-major de 83 ans qui manipule la peur pour s’accrocher au statu quo, la guerre des positions est déclarée !

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