RDCongo: ces élections, une « avancée »?

RDCongo: ces élections, une « avancée »?

Commentaire par Marie-France Cros.

 
Après la France, l’Union européenne s’est contentée, mardi de « prendre note » de la proclamation de Félix Tshisekedi comme vainqueur de la présidentielle par la Cour constitutionnelle congolaise, considérée comme acquise au Président sortant. Les observateurs attendent la cérémonie d’investiture pour voir combien d’homologues du nouveau chef d’Etat se donneront la peine d’y assister.
 
Après les élections frauduleuses de 2011, à l’issue desquelles Joseph Kabila s’était maintenu au pouvoir (à la grande colère d’Etienne Tshisekedi, qui estimait avoir été le vrai vainqueur mais ne pouvait le prouver), seul le très réprouvé président zimbabwéen Robert Mugabe avait assisté à la prestation de serment à Kinshasa. Et seuls quatre chefs d’Etat avaient assisté à la prestation de serment d’Emmerson Mnangagwa qu’un coup d’Etat militaire contre Mugabe avait mis sur la voie de la Présidence zimbabwéenne.
 
Ce serait en raison des efforts des partisans de Félix Tshisekedi pour obtenir le plus de monde possible à la cérémonie que celle-ci a été postposée, alors qu’elle était prévue pour ce mardi. Les kabilistes l’auraient souhaitée pour ce mercredi, l’UDPS veut plus de temps. Cependant, selon un tweet de John Tshingombe Lukusa, directeur de C-News, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, secrétaire général de l’UDPS (le parti de Tshisekedi) se serait plaint auprès de ses collaborateurs des « choses incroyables » que leur imposerait l’équipe Kabila.
 
A vrai dire, il faudra batailler ferme pour obtenir beaucoup de chefs d’Etat à l’investiture de Felix Tshisekedi, après le camouflet opposé par Kinshasa à la demande de l’Union africaine de suspendre la proclamation de sa victoire en raison des « doutes sérieux » sur les résultats électoraux officiels. Ces résultats n’ont toujours pas été fournis dans le détail par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), comme elle en a l’obligation légale. Elle les a rendus publics avant même qu’ils aient tous été compilés puisqu’elle a arrêté la compilation le 9 janvier; or, sans ces résultats, aucune décision des tribunaux sur les contentieux électoraux ne peut être valablement argumentée.
 
La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini a aussi indiqué mardi: « Ces élections ont eu lieu, c’est en soi une avancée majeure ». En quoi des élections dont les résultats ne sont pas respectés constituent-ils une avancée? Qui avance?
 
Des Présidents africains ont, pour leur part, envoyé des messages louant la bonne tenue des élections congolaises. Alors qu’elles ont été marquées par un arsenal inégalé d’irrégularités et d’illégalités, faut-il voir dans ces louanges l’indice que les homologues de Joseph Kabila ne trouvaient rien d’autre de poli à dire? Ou qu’ils considèrent normal que les Congolais n’aient droit qu’à des élections de quatrième zone?
 
Les pays voisins du Congo, comme ses citoyens qui préfèrent croire que Joseph Kabila cesse désormais d’être celui-qui-décide, risquent de s’apercevoir bientôt, à leurs dépens, que le « Président négocié » Tshisekedi sera impuissant à mettre le pays sur la voie du développement et de la paix.

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