La Cour constitutionnelle rejette les recours de Fayulu. Tshisekedi président

La Cour constitutionnelle rejette les recours de Fayulu. Tshisekedi président

Nouveau coup de tonnerre dans le ciel congolais. La cour constitutionnelle s’est finalement prononcée nuitamment ce samedi sur les recours introduits, notamment,  par la dynamique de l’opposition et Martin Fayulu.

Nouvelles tensions maximales autour des élections en République démocratique du Congo.

Les chefs d’Etat de l’Union africaine avaient demandé jeudi soir à la Cour constitutionnelle congolaise de suspendre son prononcé sur les recours, en attendant une concertation entre les principaux acteurs politiques sous l’égide d’une délégation africaine de haut niveau qui comprendrait le président de l’Union africaine, le Rwandais Paul Kagame, les présidents sud-africain, angolais, namibien (président de la SADC) et tchadien, ainsi que le président de la commission de l’UA Moussa Faki.

Au centre du jeu donc plusieurs présidents de la région (SADC, CIRGL et UA) dont, évidemment, le président en exercice de l’Union africaine, le  Rwandais Paul Kagame, un chef d’Etat qui « compte » dans l’histoire récente de la RDC et dans l’assise du pouvoir du clan Kabila.

Vendredi, le régime congolais répondait sans ménagement à l’Union africaine. Lambert Mende, porte-parole du gouvernement se déchaînait contre l’institution panafricaine lui niant tout droit de chercher à s’immiscer dans les affaires de la RDC (malgré la charte de l’UA à laquelle a souscrit Kinshasa et qui prévoit ce type de démarche) ou de s’imposer dans le calendrier des juges de la Cour constitutionnelle qui, selon lui, serait totalement indépendante de toutes formes de pressions soient-elles nationales ou internationales.

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Samedi, en début d’après-midi, les greffes de la Cour constitutionnelle affichaient un avis qui annonçait que les juges rendraient leur verdict sur le coup de 15 heures.

Finalement, c’est peu avant minuit que les juges de la Cour constitutionnelle ont prononcé leur verdict, rejetant les recours et confirmant ainsi les résultats provisoires de la Ceni qui donnaient la victoire à Félix Tshisekedi. La cour reprendra d’ailleurs à son compte la plupart des arguments développés par la Ceni pour enterrer le recours de Martin Fayulu, ce qui ne fera qu’accroître le malaise vis-à-vis de l’indépendance de cette cour et dès lors de son jugement.

Dans les capitales voisines, la surprise n’est pas de mise. « Kabila a voulu mettre tout le monde devant le fait accompli », explique un ministre des Affaires étrangères de la région. Mais si le président congolais semble déterminé à imposer son choix, ses voisins ne semblent pas disposés à baisser pavillon. Pour plusieurs chancelleries africaines, le verdict de ce samedi soir, « est strictement politique. Kabila veut nous impressionner, on le sait. On sait depuis l’annonce de l’Union africaine, jeudi soir, qu’il ne veut rien entendre et qu’il est décidé à imposer son choix. Les juges de la Cour constitutionnelle devaient se prononcer avant que notre délégation n’arrive à Kinshasa. Ils peuvent être fiers, ils ont rempli leur rôle à la perfection avec une lecture du droit aussi particulière que saisissante. Il faut réécouter ce qui a été dit par cette cour, c’est tout sauf du droit. »

Pour nombre d’Etats africains, cette décision d’une cour jugée largement soumise au pouvoir en place, ne change rien et la décision d’imposer un président, fût-il candidat sous la bannière de l’opposition, n’écarte nullement le risque d’explosion de violence et d’instabilité dans ce géant d’Afrique. Les neuf voisins craignent une déstabilisation de toute la région.

L’Union africaine, par la voix de son président et du président de la commission, a dit ses doutes sur les résulats donnés par la Ceni. En termes moins diplomatiques, cette institution et les chefs d’Etat ne croient pas un seul instant au scénario que tente de leur vendre Joseph Kabila.

« C’est une fuite en avant, une de plus », explique un expert de la région qui cite régulièrement le cas du président gambien Yaya Jammeh qui,  en 2017, a tenté de modifier le sens du vote en sa faveur, avant de devoir lâcher le pouvoir sous la pression. « Kabila est déterminé car ils sait que sans le pouvoir il risque gros, mais ses voisins n’apprécient pas le risque qu’il leur fait courir et certains ont très très mal pris le fait que le président congolais ait décidé de pousser la Cour constitutionnelle à se prononcer avant la venue de la délégation. Chez certains proches voisins, ça ne passe pas du tout ».

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La crise post-électorale n’est donc pas finie à Kinshasa. Un chapitre s’est écrit ce samedi. Une fois de plus nuitamment. Mais l’opus semble devoir être bien épais, d’autres chapitres pourraient s’ouvrir dans les prochaines heures.

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