RDC: La position de l’Union africaine mal accueillie par les pro-Kabila et les pro-Tshisekedi

RDC: La position de l’Union africaine mal accueillie par les pro-Kabila et les pro-Tshisekedi

Par Marie-France Cros

La déclaration de l’Union africaine (UA), publiée jeudi soir à l’issue d’un sommet de cette dernière et de la SADC (organisation régionale d’Afrique australe, dont le Congo est membre) demandant aux autorités de Kinshasa « la suspension de la proclamation des résultats définitifs » des élections présidentielle et législatives du 30 décembre a été mal accueillies par les camps pro-Kabila et pro-Tshisekedi. La décision de l’UA est motivée par de « sérieux doutes sur la conformité des résultats provisoires proclamés par la Commission électorale nationale indépendante avec les suffrages exprimés ».

Joseph Kabila est hors mandat depuis décembre 2016 et s’est prolongé au pouvoir au-delà de son dernier mandat légal par une série de manœuvres avant d’adouber un dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, si impopulaire que même le favoritisme outrancier et illégal par l’Etat n’a pu lui donner une crédibilité de vainqueur. Félix Tshisekedi est celui qui a été déclaré provisoirement vainqueur de la présidentielle par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) et dont l’investiture est annoncée pour le 22 janvier.

La  Conférence épiscopale congolaise a indiqué que les résultats proclamés par la Ceni « ne correspondaient pas » à ceux compilés par sa mission d’observation. Une étude du Groupe de recherche sur le Congo, de l’Université de New York, comparant ces résultats parallèles à ceux issus d’une « fuite » des résultats engrangés par la Ceni, indique que le candidat d’opposition Martin Fayulu aurait récolté quelque 60% des voix.

La compilation arrêtée par la Ceni le 9 janvier

Jeudi, l’Union africaine, après une longue réunion de chefs d’Etat à huis clos – sans Kinshasa – a conclu qu' »il y a des doutes sérieux sur la conformité des résultats provisoires, tels qu’ils ont été proclamés » par la Ceni. Il faut souligner ici que cette dernière a annoncé des résultats électoraux – tant pour la présidentielle que pour les législatives nationales et provinciales – sans les appuyer par des documents émanant des bureaux de vote et de dépouillement.

Selon les informations de La Libre Afrique, la Ceni a donné ordre le 9 janvier aux CLCR (centres locaux de compilation des résultats) de cesser les travaux de compilation des résultats électoraux. Les juridictions compétentes n’ont pas reçu les procès verbaux. La Cour constitutionnelle – qui a entendu mardi les avocats de Martin Fayulu, dénonçant une fraude, et ceux de Félix Tshisekedi, défendant la réalité de sa victoire – cette Cour ne dispose donc pas de moyens de vérification des résultats. Ni les cours d’appel appelées à trancher les contentieux électoraux. Selon des bruits qui ont circulé sur les réseaux sociaux congolais, ordre a été donné de brûler les bulletins de vote dans certaines circonscriptions.

La Cour constitutionnelle a sept jours au maximum pour se prononcer, soit jusqu’à lundi soir, à la veille de la date prévue pour la prestation de serment de Félix Tshisekedi. Que fera-t-elle? Ces derniers jours, indiquent deux des sources de La Libre Afrique, elle cherchait un moyen de déclarer irrecevable ou infondé le recours introduit par Martin Fayulu, voire de se dire incompétente. Si elle devait annuler la proclamation de Félix Tshisekedi, Kabila s’incrustera-t-il encore au pouvoir? La Constitution prévoit que le président du Sénat remplace le Président en cas d’empêchement de celui-ci mais la Cour Constitutionnelle, à la solde du Président sortant – avait préféré l’ignorer et décréter que Joseph Kabila pouvait rester en place jusqu’à l’élection de son successeur.

Mécontentement dans le camp Kabila, colère chez Tshisekedi

A Kinshasa, le porte-parole du gouvernement kabiliste, Lambert Mende, a déclaré qu’il n’appartenait pas « à l’Union africaine de dire à la Cour ce qu’elle doit faire ». « Je ne sais pas s’il y a des pays où on peut interférer comme ça dans une procédure légale », a-t-il poursuivi, se disant certain que l’UA finirait par marquer le « respect dû » aux institutions congolaises.

« Nous trouvons ça scandaleux, ça n’a aucun fondement juridique », a dit à l’AFP Peter Kazadi, directeur de cabinet adjoint de Félix Tshisekedi lorsqu’il a été interrogé sur la déclaration de l’Union africaine. « C’est une grande surprise (…) C’est inacceptable ».  

A Bruxelles comme à Kinshasa, les partisans de Félix Tshisekedi rétorquent à tous les Congolais qui émettent des doutes sur la véracité de sa victoire électorale qu’ils sont « manipulés par les Occidentaux ». M.Kazadi a poussé plus loin cet argument: « Il y a un petit nombre de pays manipulés par ceux qui ont des intérêts dans notre pays, qui se sont trouvés seuls et ont pris cette mesure. Mais je dis bien que c’est une mesure qui fait honte à cette institution » – décision qu’il a rejetée sur le président de l’UA jusqu’à la fin janvier, le chef d’Etat rwandais Paul Kagamé. « L’union africaine est sous sa coupe, c’est lui qui la dirige », a martelé M. Kazadi.

Rappelons que l’UDPS – lorsqu’elle s’opposait au régime actuel – a souvent accusé Paul Kagamé de soutenir Joseph Kabila contre la volonté du peuple congolais.

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