La SADC fait marche arrière sur le recomptage des voix: pour quels intérêts?

La SADC fait marche arrière sur le recomptage des voix: pour quels intérêts?

Par Marie-France Cros.

Dimanche, elle s’était dite favorable à un recomptage des voix. Lundi soir, la SADC a adouci ses propos, après que l’Afrique du Sud – poids lourd de l’organisation régionale – eut affirmé que « quelque résultat qui sorte du processus électoraldemeure le droit souverain de la RDC ».

C’est un camouflet pour le président zambien, Edgar Lungu, président en exercice de la SADC qui, dimanche, par un communiqué de son porte-parole Amos Chanda, avait estimé qu’en raison de « sérieux doutes » sur les résultats de la présidentielle au Congo, un recomptage des voix permettrait de « rassurer les vainqueurs et les perdants ».

Lundi, le ministère des Affaires étrangères d’Afrique du Sud a publié un communiqué sur le processus électoral au Congo félicitant « les autorités de RDC, particulièrement la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) pour leurs efforts en vue d’organiser une élection paisible ». Pretoria « prend note des griefs » présentés à la Cour constitutionnelle et appelle la communauté internationale à « respecter ces processus légaux internes et à ne pas préjuger ce qui en sortira », assurant que « toute interférence extérieure dans ces processus souverains pourrait provoquer de la violence et risquerait de saper le climat généralement paisible qui suit ces élections. Quelque résultat qui sorte du processus électoral demeure le droit souverain de la RDC ».

La Zambie embarrassée

La Zambie est, de son côté, revenue en arrière par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Joseph Malanji, visiblement embarrassé (https://www.zambiawatchdog.com/zambia-denies-demanding-vote-recount-in-drc/?fbclid=IwAR1pcZhL7tNLP8gQzQLQ6kS_N9yf_l48i-L5nrCEgrxQE8FLihqy_4P-75Q

Selon ce dernier, la Zambie n’aurait pas suggéré un gouvernement d’unité nationale, comme l’indiquait clairement le communiqué officiel de dimanche mais, simplement, l’inclusion de membres de l’équipe perdante dans le futur gouvernement congolais.

https://afrique.lalibre.be/30753/rdc-pour-la-sadc-il-faut-un-recomptage/

Lors de son élection – controversée – en 2016, M. Lungu avait refusé toute intervention de la SADC pour résoudre le conflit post-électoral, soulignant que c’était une affaire interne. Mais M. Lungu serait, selon la presse zambienne, un « ami » de Moïse Katumbi, homme d’affaires et ex-gouverneur du Grand Katanga, devenu dissident du parti kabiliste PPRD lorsqu’il était apparu que Joseph Kabila entendait se maintenir au pouvoir au-delà de la fin de son dernier mandat légal; principal rival politique du Président congolais sortant, il a été écarté de la course présidentielle par des accusations judiciaires jugées politiquement motivées.

Les intérêts de l’Afrique du Sud

Quant à l’Afrique du Sud, elle est LE poids lourd de la SADC, dépassant à elle seule le poids économique de tous ses partenaires au sein de cette organisation régionale. Elle est le seul pays africain membre du G20 et le seul admis dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, South Africa), où, plus petit partenaire, elle tente de se faire une vraie place. L’Afrique du Sud siège en outre au Conseil de sécurité en ce moment, où ses partenaires chinois et russe maintiennent une position de non intervention dans les affaires d’autres pays pour ne pas en subir une un jour. Ces trois pays, comme l’Inde, ont des intérêts économiques au Congo.

L’Afrique du Sud, en particulier, n’a pas encore renoncé – malgré les déboires des projets d’aggrandissement du barrage d’Inga –  à se fournir auprès de Kinshasa en électricité dont elle a un besoin urgent. Elle a marqué son intérêt pour la stabilité du pouvoir à Kinshasa en contribuant par un contingent militaire à la force de casques bleus envoyée au Kivu, contre les groupes armés. Elle bénéficie,en outre, d’une bonne partie des échanges du Congo avec le reste du monde (notamment les exportations de minerais) puisqu’une partie des exportations et importations congolaises passe par son territoire.

A cela s’ajoutent des intérêts plus particuliers. Selon un ancien haut-fonctionnaire sud-africain, plusieurs personnes au pouvoir en Afrique du Sud sont liées par les affaires à Joseph Kabila alors qu’elles manquent de contacts avec le camp Fayulu.

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