Gambie: la Commission vérité et réconciliation se penche sur les crimes commis par Jammeh

Gambie: la Commission vérité et réconciliation se penche sur les crimes commis par Jammeh

Deux ans après la chute du président gambien Yahya Jammeh, la Commission vérité et réconciliation (TRRC), chargée d’enquêter sur les crimes commis pendant les 22 ans de son régime, a auditionné lundi son premier témoin, qui a expliqué comment il avait été torturé au lendemain du coup d’Etat de 1994. La TRRC, lancée en octobre et formée de 11 membres, a ouvert ses auditions alors que l’ex-président Jammeh, en exil en Guinée-équatoriale depuis janvier 2017, échappe pour le moment à la justice de son pays.

Les défenseurs des droits humains ont accusé son régime d’actes systématiques de torture contre des opposants et des journalistes, d’exécutions extra-judiciaires, détentions arbitraires et disparitions forcées.

La Gambie est un petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest enclavé dans le Sénégal, à l’exception d’une étroite façade côtière prisée des touristes.

Le premier témoin entendu lundi est Ebrima Chongan, un responsable de la police pendant le coup d’Etat de Yahya Jammeh le 22 juillet 1994. Accusé à l’époque de « menace à la sécurité nationale », il a expliqué avoir été arrêté ensuite, avec un autre responsable de la police, Pa Sallah Jagne.

« Nous avons été emmenés à la prison Mile Two où nous avons été confinés à l’isolement » avec une mauvaise nourriture, a dit M. Chongan. « C’est seulement à Mile Two que j’ai vu des rats agressifs. Nous (les détenus) devions protéger notre nourriture contre les rats », a indiqué l’ancien policier, dont les auditions doivent se poursuivre mardi.

Instituée par une loi en décembre 2017 et mise en place par le successeur de M. Jammeh, Adama Barrow, la commission dispose de pouvoirs d’enquête et pourra, au terme de ses travaux prévu dans deux ans, recommander des poursuites ou des réparations. Elle ne peut pas prononcer de condamnations.

Présidée par un ancien diplomate auprès des Nations unies, Lamin Sise, la Commission comprend quatre femmes, dont la vice-présidente, Adelaide Sosseh, et représente l’ensemble des communautés ethniques et religieuses du pays.

Pendant qu’il était en détention, des soldats dont le vice-président de la junte, Sana Sabally, sont venus, selon lui, dans sa cellule.

« Le ministre de la Terre à cette époque, le lieutenant Yankuba Touray, a introduit un pistolet dans ma bouche. Le ministre de la Défense, le lieutenant Edward Singhateh, m’a demandé de faire mes dernières prières avant la potence », a poursuivi Ebrima Chongan.

« Ils m’ont battu et m’ont traîné hors (de la cellule). Ils m’ont montré du sang et un des soldats m’a demandé de faire mes dernières prières. J’étais effrayé. Je n’ai pas honte de dire que je criais. Je pensais que j’allais mourir ».

« L’ouverture des audiences de la TRRC est un grand pas vers la justice, la vérité et les réparations en Gambie et démontre le réel engagement du gouvernement à rompre avec un passé de violations systématiques des droits humains », a écrit la directrice d’Amnesty International pour l’Afriquede l’Ouest et du Centre, Evelyne Petrus Barry. « Nous espérons que les témoignages et les informations recueillis pendant ces audiences permettront de révéler la vérité et de la rendre publique ».

Parvenu au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en 1994, Yahya Jammeh s’était fait largement élire et réélire sans interruption jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à l’opposant Adama Barrow.

Après six semaines d’une crise à rebondissements provoquée par son refus de céder le pouvoir, il a finalement dû quitter le pays le 21 janvier 2017 pour la Guinée équatoriale à la suite d’une intervention militaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et d’une ultime médiation guinéo-mauritanienne.

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