Tribune: Présidentielles du 30 décembre 2018 en RDC : entre suspicion et suspense !

Tribune: Présidentielles du 30 décembre 2018 en RDC : entre suspicion et suspense !

Par Martin Mulumba

Docteur et chercheur en droit constitutionnel de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Attendues depuis la fin officielle du mandat de Joseph Kabila en 2016, les élections du 30 décembre font toujours parler au Congo comme à l’extérieur. Non inclusives, ces élections étaient censées offrir aux Congolais une première alternance démocratique et pacifique l’ex-Congo belge cherche depuis son accession à l’indépendance, mais cela était sans compter d’une part avec la volonté ferme de l’actuel locataire de la présidence de la République, qui a toujours affirmé vouloir respecter la Constitution sans réellement vouloir quitter le pouvoir, et d’autre part, une opposition que l’on croyait responsable et à la mesure de la situation, mais qui s’est distinguée par une division à Genève, source d’un brouillard qui ne facilite pas l’équation aujourd’hui pour les Congolais, entre les partisans d’une élection sans ou avec machine, ceux d’une élection sans machine, mais qui ont fini par considérer ladite machine comme simple imprimante ! 

Si la situation semble être préoccupante à ce jour, avec d’un côté une Commission électorale suspectée  de jouer pour le pouvoir et de préparer un véritable braquage électoral, et de l’autre côté la Cenco et les différentes organisations citoyennes qui semblent connaître le vainqueur indiscutable de cette élection, on doit avouer que rien ne surprend tout observateur averti, le chaos que tout le monde craint aujourd’hui était prévisible depuis la fin du mandat de Joseph Kabila, qui a réussi à garder le pouvoir depuis 2016 sur fondement d’un accord politique qu’il n’a jamais respecté à la lettre.     

 Le report de la publication des résultats qui peut être normal avec l’absence des infrastructures viables que connaît ce pays, est devenu avec le climat politique méfiant qui se vit dans ce pays, source de toute interprétation, il serait pour certains justifié par les fraudes massives que cet organe prépare en faveur du dauphin désigné par le Président sortant, alors que les autres y voient un temps nécessaire de compilation des résultats venant de partout.

Si on peut être d’accord d’une chose, les résultats finiront par être publiés, mais seront-ils le reflet de la volonté exprimée dans les urnes par les Congolais ? Comme en 2006 et 2011, les Congolais votent, mais décident-ils réellement avec ce vote ? Ont-ils réellement les dirigeants qu’ils se choisissent ?   Jean-Pierre BEMBA et Étienne Tshisekedi avaient-ils réellement perdu en 2006 et 2011? Autant de questions que suscite ce temps d’attente, un suspense mélangé de plusieurs suspicions qui risquent de réveiller les vieux démons de guerre qui guettent ce grand pays francophone de l’Afrique noire.  

De nos jours, l’élection est inséparable de la démocratie, devenue selon la formule de Philippe Ardan, un rite démocratique, elle fait l’objet d’une reconnaissance internationale, car le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays , soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis, est inscrit notamment dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. À partir du moment où l’on est passé des pouvoirs hérités aux pouvoirs élus, il s’est avéré indispensable qu’émerge et se développe au Congo-Kinshasa un corps de règles encadrant l’organisation et le bon déroulement des élections, c’est-à-dire le droit électoral. 

Depuis son indépendance, la République démocratique du Congo a consacré l’élection dans toutes ses constitutions comme le seul et unique mode d’accession au pouvoir, notamment à la fonction présidentielle, mais le pays n’a jamais connu une passation pacifique du pouvoir entre deux présidents comme dans d’autres pays. Toutes les élections présidentielles ont été remportées d’avance par le pouvoir en place, c’est-à-dire le pouvoir qui organise, qu’il s’agisse de celles sous le parti unique, où les résultats étaient connus avant même l’ouverture des bureaux de vote, ou celles  de 2006 et 2011, le Congo de Lumumba n’a jamais résolu ce problème du choix libre des gouvernants par les gouvernés, pourtant déjà résolu dans certains pays africains comme le Sénégal, le Bénin, le Ghana etc.… L’histoire va-t-elle se répéter avec ces présidentielles de 2018 ? Les élections ont-elles la même signification au Congo comme ailleurs ?  C’est ce que plusieurs Congolais attendent de connaitre avec la publication des résultats par la Commission électorale dite indépendante, mais dont l’indépendance  n’existe réellement que de nom !

 

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