Le fleuve Congo étouffé par le plastique

Le fleuve Congo  étouffé par le plastique

Une sorte de « banquise », constituée de millions de bouteilles en plastique, a fait son apparition sur le fleuve Congo à Kinshasa, indique, photos à l’appui, une militante écologiste congolaise, qui dénonce l’absence de politique de collecte des déchets dans cette mégalopole de quelque dix millions d’habitants.

Cette militante de l’ONG congolaise Congo Green Citizen, Fédorah Bikay, a publié sur sa page Facebook des photos et une vidéo prises sur une plage de la capitale du Congo (RDC), près du restaurant « Chez Tintin », dans le quartier de Kinsuka, en bord de fleuve, en aval du centre-ville.

C’était un lieu touristique

« Cet endroit était un lieu touristique où les gens venaient pour se détendre et profiter des vagues. Il y avait aussi beaucoup de pêcheurs. Mais, quand on est sur place, on se rend compte que la situation est catastrophique. En ville, les gens en ont beaucoup parlé et ça m’a donné envie de montrer à tous ce qui est en train de se passer », a expliqué Fédorah Bikay, citée par la chaîne de télévision France 24.

Ces ordures se sont accumulées dans le fleuve Congo depuis la fin de l’année 2016, estime-t-elle. Elle ajoute que leur présence dans le cours d’eau est due aux fortes pluies qui emportent tout sur leur passage, notamment les objets légers comme les bouteilles en plastique, qui flottent à la surface de l’eau.

Fédorah Bikay entend sensibiliser l’opinion publique et encourager la responsabilisation des citoyens sur le tri et la collecte des ordures.

Aucune structure de collecte des ordures

Mais elle dénonce le fait qu’il n’existe à Kinshasa aucune structure de collecte, de tri et de recyclage des déchets. Durant des années, les déchets étaient récoltés par des « pousse-pousse » ou « papa-pousse » contre rémunération. Ces éboueurs indépendants les déposaient ensuite n’importe où.

Les quelque dix millions de Kinois produisent chaque jour 7.000 tonnes de déchets, soit près de 260 kilos par habitant annuellement. Depuis août 2015, le programme de gestion des ordures mis sur pied par l’Union européenne – le Programme d’assainissement urbain de Kinshasa (PARAU-PAUK) – a été remis aux autorités locales, qui n’ont pas pu fournir une prestation aussi efficace. Depuis, les déchets s’accumulent dans les rues et les risques sanitaires inquiètent fortement les médecins.

Le projet européen  de facto abandonné

Dans neuf des 24 communes de la ville, 61 stations à ordures ont été installées avec les fonds européens pour que les gens déposent leurs déchets ménagers dans de grandes bennes vertes. Ceux-ci étaient ensuite enfouis dans la décharge de Mpasa, à l’extérieur de la ville.

Mais depuis que les autorités locales ont pris le relai, les bennes débordent sur les trottoirs et les routes. En général, les déchets sont acheminés à Mpasa seulement toutes les trois semaines, voire tous les mois. Du coup, les stations se sont transformées en des dizaines de petites décharges à l’air libre, qui empestent l’air, polluent l’eau et propagent les maladies. Elles ressemblent finalement aux décharges sauvages qui se trouvent dans les quartiers où l’UE n’a pas installé de bennes.

Selon la radio onusienne Okapi, l’entreprise congolaise GTR (Gestion, traitement et recyclage) a commencé à récolter des bouteilles en plastique à Kinshasa depuis janvier 2016. Cette société partenaire des autorités affirme que des centaines de milliers de bouteilles sont ramassées chaque jour puis compactées avant d’être envoyées à l’étranger pour être transformées en granulés, tuyaux PVC et pare-brise de véhicules. Mais Fédorah Bikay affirme ne pas avoir vu ses employés travailler depuis environ un an.

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