Burundi: Me Maingain et un écrivain burundais poursuivis pour diffamation par Nkurunziza

Burundi: Me Maingain et un écrivain burundais poursuivis pour diffamation par Nkurunziza

L’avocat belge Bernard Maingain et l’écrivain burundais David Gakunzi sont appelés à comparaître fin janvier devant le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation à la suite d’un reportage sur le Burundi daté de janvier 2016 et diffusé sur la chaîne de télévision France 3, également visée dans l’affaire, a indiqué lundi Me Maingain. MM. Maingain et Gakunzi, tous deux très critiques face la réélection du dirigeant burundais à un troisième mandat contraire à la Constitution – l’un sur le front judiciaire, l’autre dans les médias -, font l’objet d’une plainte pour diffamation déposée par le président Nkurunziza.

La date du procès a été fixée au 24 et 25 janvier prochains, a affirmé Me Maingain à l’agence Belga, confirmant une information du magazine ‘Jeune Afrique’.

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, et le journaliste auteur du reportage, Luc Lagun-Bouchet, sont également poursuivis dans cette affaire.

Le pouvoir burundais leur reproche d’avoir commis ou de s’être rendu complice du « délit de diffamation publique envers un particulier » avec un reportage diffusé le 13 janvier 2016 sur France 3 et intitulé « Le Burundi en proie à des violences extrêmes ».

Ce reportage de deux minutes s’appuie notamment sur d’insoutenables images amateurs montrant des scènes de violences et d’exactions qui, selon le reportage, se déroulaient à Karuzi (au nord-est de Bujumbura) et visaient des opposants au régime de M. Nkurunziza.

Selon l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, daté du 14 avril 2017 consulté par ‘Jeune Afrique », le reportage comporte « des allégations ou imputations des faits portant atteinte à l’honneur ou à la considération de Pierre Nkurunziza ». Le reportage, qui décrit ces scènes d’horreur, accuse notamment le président burundais, réélu en juillet 2015 pour un troisième mandat contraire à la Constitution, de mener « une répression impitoyable contre les opposants ».

Le gouvernement burundais reproche à Me Maingain d’avoir communiqué cette vidéo utilisée dans le reportage de France 3. Selon ‘Jeune Afrique’, une analyse plus poussée des images diffusées avaient permis d’établir que les personnes visibles dans la vidéo ne parlaient pas le kirundi mais l’haussa, parlé principalement en Afrique de l’ouest, et que les images amateurs ne pouvaient donc pas avoir été tournées au Burundi.

Dans une mise au point datée du 14 janvier, au lendemain de la diffusion du reportage, l’avocat belge, qui avait reconnu « des imprécisions liées au traitement urgent de l’information », a également affirmé que la vidéo en question, transmise par un contact au sein de l’armée burundaise, avait servi dans le cadre de la formation d’Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir à Bujumbura, le CNDD-FDD, que l’ONU considère comme une « milice ».

« Je vais enfin avoir l’occasion d’expliquer par le détail ce qui s’est passé à Karuzi et d’amener un débat sur les massacres intervenus fin 2015 et début 2016 au Burundi et sur les circonstances dans lesquelles cette vidéo m’est parvenue », a précisé lundi Me Maingain à Belga.

L’avocat belge, qui défendait notamment quatre des 28 militaires putschistes accusés d’avoir participé à la tentative de coup d’État des 13 et 14 mai 2015, avait été accusé par Bujumbura de complicité de coup d’État lors du procès en décembre 2015. Il est également à l’origine d’une plainte auprès de la Cour pénale internationale (CPI) et du Conseil des droits de l’homme en mars 2016 sur des cas d’exactions extrajudiciaires au Burundi.​

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