RDC : Les Congolais iront aux urnes sans accord de dernière minute avec la SADC

RDC : Les Congolais iront aux urnes sans accord de dernière minute avec la SADC

L’organisation des Etats de l’Afrique australe ne sera pas parvenue à obtenir la signature du document soumis aux trois principaux candidats dans la course à la présidentielle et à la Ceni.

Sprint désespéré. La communauté des Etats de l’Afrique australe voit arriver la date du 30 décembre et le passage par les urnes du peuple congolais avec une énorme anxiété. Pour ces Etats, il ne fait aucun doute que le processus n’est pas abouti. Sans le dire publiquement, les voisins du sud et jusqu’à Cape Town, pensent que la commission électorale nationale (Ceni) a loupé (volontairement ?) sa mission.

Mais entre voisins et sachant les liens qui lient la Ceni au pouvoir en place à Kinshasa, accuser ouvertement la Ceni serait accuser le régime de Joseph Kabila. Or, entre confrères, mieux vaut éviter les fâcheries, même à la veille d’une retraite forcée.

La délégation de la SADC, après avoir esquissé une demande de nouveau report, histoire d’éviter un chaos total, qu’ont refusé tous les interlocuteurs congolais, a tenté d’obtenir un engagement minimal de tous les candidats. Un texte qui voulait éviter que les déçus de ce scrutin soient tentés d’envoyer leurs partisans dans la rue après les élections.

Les candidats devaient donc s’engager, en cas de désaccord sur le déroulement du scrutin ou sur les résultats, à se tourner vers les cours et tribunaux congolais pour trancher les éventuels litiges.

Le FCC du dauphin marquait rapidement son accord sur le texte de base.

Les opposants, Fayulu et Tshisekedi en tête, ont refusé de signer ce texte, demandant à pouvoir introduire des amendements qui pravient que que la Ceni s’engage sur une longue liste de points qui garantiraient des élections vraiment démocratiques et transparentes avec des bureaux ouverts partout, des observateurs acceptés partout, des dépouillements qui ne se feraient que par voie manuelle, pas d’envois életronique des résultats et la tenue du scrutin à Beni, Butembo et Yumbi.

A moins de dix heures de l’ouverture des bureaux de vote, la Ceni, qui n’a eu de cesse de fermer des bureaux, d’organiser un fonctionnement tronqué des centres de vote, ne pouvait s’engager sur ces demandes. Un des meilleurs exemples de cette forfaiture (parmi beaucoup d’autres):  le secteur de Kipuku, en territoire d’Idiofa, chez un certain Aubin Minaku, où tous les collaborateurs de la Ceni sont issus de son village ou de ses « clients ». Fait remarquable : le secteur a connu une poussée démographique digne du livre des Records. De 12 000 électeurs en 2006, ce secteur est passé à près de 50 000 électeurs en 2018. Sans oublier qu’il compte le plus grand nombre de bureaux de vote. A Idiofa, avec un certain sens de l’humour, on s’amuse aussi bien de l’étonnante fécondité des habitants de Kipuku que du pouvoir de Minaku de ressusciter les morts pour se moquer de cette explosion démographique.

Autre exemple, à Lingwala, sur l’avenue Dodoma, où un bureau de vote a été installé ce samedi matin dans une école appartenant à un candidat député du FCC, Hugo Tembe. Le gérant du bureau est un des employés du candidat.

Il était donc impossible pour la Ceni de s’engager sérieusement à répondre à ces demandes. La SADC a expliqué que les amendemnts de l’opposition étaient des « points techniques » qui n’étaient pas de son ressort.

Dans ce contexte, les candidats de l’opposition ne pouvaient donc pas signer ce que d’aucun ont baptisé un code de bonne conduite qui « se serait substitué de facto à la Constitution », explique un opposant. « On voudrait nous faire dire que nous n’aurions que les cours et tribunaux, dont on sait qu’ils sont largement acquis au pouvoir et qui ne disent pas le droit mais ce que le régime veut entendre, pour critiquer des élections qui ont été organisées n’importe comment par la Ceni et qui ne seraient même organisées à Beni, Butembo et Yumbi. Nous ne pouvons signer ce document. La SADC veut se rassurer, si elle voulait vraiment être sereine, elle devait se faire entendre depuis bien longtemps par le régime de Kabila. Aujourd’hui, parce qu’elle constate que le pays est devenu une poudrière qui risque de lui péter au nez, elle réagit et veut faire supporter la pression par l’opposition, c’est amoral et inacceptable. » 

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