RDC : Kabila devrait (?) quitter le pouvoir en janvier

RDC : Kabila devrait (?) quitter le pouvoir en janvier

Portrait et bilan par Marie-France Cros

Après des années de ruses pour rester, le Président congolais hors mandat partira-t-il vraiment?, se demandent de nombreux Congolais à la veille des élections présidentielle et législatives.

Joseph Kabila devrait quitter le pouvoir quelques jours après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle – partiellement tronquée de territoires favorables à l’opposant Martin Fayulu – de ce 30 décembre, proclamation annoncée pour le 15 janvier. “Devrait” car – on ne prête qu’aux riches! – beaucoup de Congolais s’attendent à une nouvelle manipulation de leur chef d’Etat pour se maintenir encore aux commandes.

S’il part, cela fera alors exactement 18 ans qu’il est à la tête du Congo. Il y était en effet parvenu le 26 janvier 2001,  à 29 ans, dix jours après l’assassinat (non élucidé) de son père Laurent Kabila,  propulsé à ce poste non par une institution ou une règle écrite mais par la décision de quelques-uns, en vertu d’une inédite succession monarchique en pleine république. Il y était resté, d’abord comme une balle de ping pong reste au sommet d’un jet d’eau. Puis, petit à petit, il avait remplacé les hommes de son père par les siens.

Sous la semi-tutelle du CIAT

Ses premières années au pouvoir, il les fait sous la semi-tutelle du Comité international d’accompagnement de la transition  (CIAT, soit des pays amis du Congo, l’Union européenne et le Conseil de sécurité de l’Onu) imposé par l’accord de paix de Pretoria (2002). On enregistre des progrès pour sortir le pays de la sanglante ornière où l’avaient plongé les guerres déclenchées par Laurent Kabila: pacification de larges zones troublées; réunification du territoire;  préparation des élections, dont la communauté internationale – et singulièrement l’Union européenne – prennent en charge la plus grosse part. Une Constitution semi-présidentielle est adoptée par référendum (à 84%) en 2006 et le scrutin présidentiel est emporté au second tour par Joseph Kabila, avec 58% des voix, après une campagne sur “les cinq chantiers” qu’il veut lancer: les infrastructures; la création d’emplois; l’éducation; l’eau et l’électricité; la santé.

Mais le Président a bien cru perdre face à Jean-Pierre Bemba. Le “jeune homme”, comme on l’appelle à Kinshasa, s’attachera désormais à accroître son pouvoir, de manière légale, en faisant modifier la Constitution à son avantage, ou illégale, en s’attribuant des pouvoirs que ne prévoit pas, pour lui, la Loi fondamentale. Il avait pourtant assuré, dans une interview à “Jeune Afrique”, en juin 2007: “J’ai donné ma parole d’honneur en promulguant cette Constitution, je n’y toucherai donc pas. Le pouvoir use. Il faut savoir s’arrêter”.

Rester au pouvoir, coûte que coûte

Lors des élections de 2011, son succès ne se répète pas, les promesses électorales de 2006 n’ayant pas été tenues, loin s’en faut; les rebaptiser “révolution de la modernité” n’y a rien fait. Beaucoup de Congolais se tournent vers l’opposition, principalement Etienne Tshisekedi. Combien? On ne le saura jamais: les scrutins de 2011 sont jugés “non crédibles” par les observateurs nationaux et internationaux en raison de fraudes massives. Robert Mugabe, le président du Zimbabwe lui-même ostracisé en raison de sa conduite, est le seul de ses homologues qui assistera à la nouvelle prestation de serment de Joseph Kabila. Une humiliation.

Depuis lors, le chef de l’Etat s’est occupé de s’enrichir et, surtout, de se maintenir au pouvoir, coûte que coûte: “complots” politiques et “délits” découverts en série pour écarter ses principaux rivaux;  tentatives de passer outre à la limitation des mandats présidentiels à deux; non organisation de la présidentielle en 2016 comme le veut la loi fondamentale, ni en 2017 (pour 2018, on attend de voir); confiscation ou destruction des mass media de l’opposition; achat de politiciens pour dédoubler les partis qui quittent la majorité et les priver ainsi de leur personnalité juridique; interdiction des manifestations d’opposition; black-out sur les matches de foot où s’exprime publiquement le rejet de Kabila; coupure d’internet pour contrer l’organisation d’actions politiques par l’opposition; attaques contre les meetings électoraux de l’opposition…

Après deux mandats et deux ans, le bilan de Joseph Kabila reste, il est vrai, très maigre, du point de vue de la population. Des “cinq chantiers”, seule la construction de routes est à retenir pour les infrastructures (des artères à Kinshasa; les routes Kinshasa-Bandundu et Kinshasa-Kongo-central; quelques rues ou ronds-points dans certaines capitales provinciales). Rien pour la création d’emploi; rien pour l’éducation. Pour l’électricité, il y a plus de délestages qu’avant, même si quelques cabines électriques ont été remises en état dans la capitale; la qualité du courant fourni se dégrade et il y a toujours des quartiers de Kinshasa et la capitale du Kasaï-central, Kananga, sans courant. Pas de progrès pour l’eau potable et le pays fait difficilement face à une grave épidémie de choléra. Pour la santé, on enregistre des progrès dans la lutte contre Ebola, surtout grâce à l’aide internationale.

Pour la photo illustrant cet article : Les réseaux sociaux ont détourné une des promesses de la « révolution de la modernité », en 2011, pour se moquer de la « continuité » annoncée par le dauphin de Kabila, Shadary.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos