RDC : pénurie de machines à voter, bureaux de vote fermés, mensonges de la Ceni

RDC : pénurie de machines à voter, bureaux de vote fermés, mensonges de la Ceni

J-2 pour les élections en République démocratique du Congo. Et le constat est pour le moins inquiétant. Les fermetures des bureaux de vote se succèdent, les machines à voter font défaut, l’ambassadeur de l’Union européenne est renvoyé et le ministre de l’Intérieur a déjà annoncé que les frontières terrestres et maritimes seraient fermées ce dimanche 30 décembre, jour du vote.

Pour un scrutin apaisé, comme le réclame la communauté interationale et surtout les pays voisins, c’est plutôt mal engagé. Le sentiment d’impréparation qui se dégage de ce préscrutin est indubitablement dû aux errances de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Pourtant, le 6 décembre dernier, il y a donc un peu plus de trois semaines seulement, le président de cette Ceni, Corneille Nangaa, assurait encore devant un parterre de patrons de presse : « la Ceni est prête ». Evoquant alors la date du 23 décembre, il ajoutait « rien en saurait justifier le report des élections. Tous les kits et matériels électoraux ont été déployés à travers le pays. (…) Donc, les différentes étapes du calendrier électorale sont respectées! ».

A la même époque, Norbert Basengezi, le vice-président de la Ceni, ajoutait un petit bémol à l’organisation de ce scrutin en mettant en avant la question sécuritaire… au Kasaï.

Deux semaines après ces déclarations, Corneille Nangaa était contraint, après avoir fait le tour de certaines ambassades occidentales à Kinshasa, d’annoncer le report des élections d’une semaine pour des problèmes techniques.

Un délai jugé « insuffisant au regard des retards logististiques » selon diverses analystes qui pointent « Face aux nombreux retards qui caractérisent les préparatifs électoraux depuis plusieurs mois, le plan de déploiement du matériel est désormais réalisé sans une planification cohérente, amenant à une situation critique à l’approche des élections », pouvait-on lire dans une analyse de la situation au 24 décembre. Les spécialistes de la logistique pointaient notamment, parmi une longue liste de soucis majeurs, celui lié à « la problématique de l’accès à l’énergie qui n’a pas été sérieusement considéré par l’administration électorale. Plusieurs sites de formation n’avaient ainsi pas les capacités pour changer convenablement les batteries des Machines à voter. »

Les mêmes études expliquaient encore : « sachant qu’il faut compter un minimum de dix jours pour la distribution du matériel électoral entre les sites de formation et les centres de vote les plus éloignés, le décalage d’une semaine des scrutins paraît donc insuffisant pour organiser des élections dans des conditions acceptables, affectant ainsi la crédibilité même de tout le processus électoral ».

Mais bien d’autres dysfonctionnements étaient pointés du doigt, comme le manque de formation du personnel de la Ceni qui, qui plus est, était le plus souvent très mal ou pas payé du tout. « Beaucoup sont venus à la Ceni parce qu’on leur promettait 5 dollars par jour. Ils reçoivent 5 dollars par semaine quand ils sont payés », explique-t-on dans le Bandundu. « Dans ces conditions, comme ils sont souvent regardés comme des traitres participant à la manipulation du pouvoir, de plus en plus d’employés renoncent. Ce sera un grand souci le jour du scrutin. Non, franchement, on se moque de tous les Congolais avec cette élection bradée. Le pouvoir a eu du temps pour bien faire, mais ils a préféré se moquer de nous. Cela ne passera pas ».

A Kinshasa, ce vendredi, on apprenait qu’un peu plus de 1000 bureaux de vote venaient d’être fermés, faute de machines à voter. En début de semaine, ce sont des machines qui ont été retirées des bureaux de vote à Lubumbashi, à Tshikapa ou dans le Bandundu. A chaque fois, dans des lieux très favorables à l’opposition. « On cherche à démobiliser les électeurs, à faire en sorte qu’ils ne trouvent pas leur bureau de vote et qu’ils abandonnent. On avait déjà vécu ça dans le Bandundu en 2011. Certains villages avaient marché pendant des heures pour aller voter là où on leur avait indiqué que se trouvait le bureau de vote. Quand ils sont arrivés sur place, il n’y avait pas de bureau. Cette fois-ci, on ne se fera plus avoir. On a des téléphones mobiles, on saura toujours où se trouve notre bureau de vote ».

Le manque de clarté dans la cartographie des bureaux de vote était aussi un point souligné par tous les experts attentifs au processus électoral en RDC. Certains s’interrogeaient aussi sur les endroits où étaient stockés « les machines qui sont transportées une à une, parfois depuis plusieurs jours, sur des vélos ou des motos. Où sont-elles ? Dans quelles conditions sont-elles conservées? Les observateurs neutres doivent demander à pouvoir inspecter le contenu des clés USB qui accompagnent les machines. S’ils ont des ordinateurs portables, ça peut être drôlement utiles de les emmener dans les bureaux de vote », conclut un des experts.

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