RDC : Le régime pris de court par l’avénement de Lamuka

RDC : Le régime pris de court par l’avénement de Lamuka

Votera ? Votera pas ? À deux jours d’un scrutin déjà reporté la semaine dernière, alors qu’il aurait dû être organisé en 2016 pour respecter la Constitution, le doute plane toujours en République démocratique du Congo.

Les observateurs neutres, présents sur place, décrivent une organisation plus que chaotique, pointant du doigt les retards et même les mensonges. “La Ceni a annoncé avoir accrédité 700000 témoins et 270000 observateurs pour les élections du 30 décembre. Ces chiffres paraissent surévalués au regard du contexte actuel. […] Les deux plus grandes plateformes d’observation ne comptent en tout qu’environ 62000 membres”, peut-on lire dans un rapport d’une ONG européenne daté du 24 décembre.

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni), chargée d’organiser le scrutin, a refusé toute aide extérieure. Ce jeudi, à trois jours du scrutin, de nombreux bureaux de vote ont encore été fermés, faute de matériel nécessaire mais aussi pour tenter de décourager les électeurs pro-opposition.

La dernière ligne droite de la préparation de ce scrutin prend des allures de course d’obstacles improvisée, “sans une planification cohérente”, note encore le rapport. Le vrai souci de la Ceni et de la majorité présidentielle, c’est qu’elles ne sont pas disposées à partager le pouvoir. Longtemps, les responsables congolais ont imaginé que cette élection serait un long fleuve tranquille. Ils étaient parvenus à mettre hors course le favori, l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, suite, notamment, à une condamnation à trois ans de prison dans une affaire de spoliation immobilière pourtant jugée comme “une mascarade” par les évêques congolais chargés d’examiner le dossier suite à l’accord de la Saint-Sylvestre qui entérinait le report des élections en décembre 2016.
Cet été, après la libération de Jean-Pierre Bemba, l’autre poids lourd de l’opposition, et son retour triomphal à Kinshasa et Gemena, le pouvoir instrumentalisait une fois de plus la justice pour interdire à l’ancien vice-président de se présenter.
La surprise du chef
Débarrassé de ces deux leaders de l’opposition, le régime Kabila était convaincu qu’il ne retrouverait sur sa route que des adversaires qu’il pourrait contrôler. C’était sans compter sur l’émergence de Martin Fayulu, désigné par un front de l’opposition, le 11 novembre dernier. Un front qui n’aura tenu que 24 heures après la désignation de ce candidat. En effet, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, deux des opposants qui venaient de le désigner, claquaient la porte et créaient un autre front de l’opposition. Martin Fayulu, opposant de la première heure au pouvoir de Joseph Kabila, a conservé le cap. Porté par les deux poids lourds Bemba et Katumbi, mais aussi par des figures comme Matungulu, Muzito ou Nyamwesi, l’homme a mené une campagne, semée d’embûches, mais qui a démontré qu’il incarnait le changement sur une grande partie du territoire. L’homme, élu de Kinshasa, est originaire de l’ouest du pays (province du Bandundu), délaissé depuis la chute de Mobutu. Il a le soutien sans faille de Bemba qui lui apporte toute la province de l’Équateur et une large partie de la Province-Orientale. Le Bas Congo, terre frondeuse, suit le mouvement. À l’est, il peut compter sur le Nord-Kivu grâce au soutien de Mbusa Nyamwesi, tandis que Katumbi lui livre le Katanga et lui offre sa notoriété nationale. Le duo Tshisekedi-Kamerhe devrait, lui, faire main basse sur une bonne partie des Kasaïs et du Sud-Kivu. Le dauphin de Kabila, Ramazani Shadary pouvant compter sur une partie de sa province le Maniema. Insuffisant. Dans le cadre d’une vraie élection, Fayulu est le grandissime favori. Le régime Kabila l’a bien compris. Il ne lui reste que la manipulation ou le report pour éviter la chute.

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