RDC : Kabila prolongé au pouvoir par Corneille Nangaa

RDC : Kabila prolongé au pouvoir par Corneille Nangaa

En reportant les élections dans des circonscriptions du Nord-Kivu et du Mai-Ndombe, le président de la Ceni rend tout le processus électoral illégal et inconstitutionnel.

Le 20 décembre, Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante demandait le report d’une semaine des scrutins prévus pour le 23 décembre. Dans les rangs de l’opposition, le consensus fut rapidement de rigueur pour accepter cette demande mais également pour mettre en garde sur le fait qu’il s’agissait du dernier report possible.

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Aujourd’hui, 26 décembre, à quatre jours de cette date ultime, le président de la Ceni sort un nouveu lapin de son chapeau de prestidigitateur, de « manipulateur », disent certains, en annonçant le report des élections au mois de mars dans le nord-Kivu et dans le Maï Ndombe. « Les élections directes dans les circonscriptions électorales de Beni, Beni Ville, Butembo Ville, en province du Nord Kivu, ainsi que Yumbi dans la province du Mai Ndombe, initialement prévues le 30 décembre 2018, sont programmées au mois de mars 2019 et feront l’objet d’un calendrier spécifique », explique l’article 2 de la décision de la Ceni.

Dans le même temps, le même Corneille Nangaa annonce que le résultat de l’élection présidentielle sera annoncé le 15 janvier et que le nouveau chef de l’Etat prendra ses fonctions le 18 janvier.

Un scénario aussi illégal qu’inconstitutionnel et le président de la Ceni le sait pertinemment bien.

La Ceni n’a nullement le droit de déterminer seule ce qu’est une cause majeure qui peut permettre un report du scrutin. Nangaa devait aller devant la cour constitutionnelle et justifier sa demande de report. Il revenait aux juges de cette cour de statuer sur cette demande qui prive une partie des électeurs congolais de leur droit de vote. En effet, l’article 5 de la Constitution congolaise prévoit que le droit de vote est universel en République démocratique du Congo. Or, en éliminant des circonscriptions du Mai-Ndombe et du Nord-Kivu, il prive les électeurs de ces circonscriptions de leur droit de vote.

Comment peut-on imaginer que ces électeurs puissent se rendre aux urnes au mois de mars alors que les élections auront eu lieu le 30 décembre partout ailleurs et que le verdict de ces élections aura déjà été annoncé et le nouveau président installé.

Pour différents juristes consultés, il ne fait aucun doute que la Cour constitutionnelle va invailder le scrutin du 30 décembre parce qu’il n’est pas constitutionnel. Kabila va donc pouvoir rester au pouvoir au moins quelques mois de plus.

D’autres soulignent aussi le fait que pour les législatives il y a un seuil à atteindre pour qu’un regroupement politique puisse prétendre avoir des élus. Or, le dépouillement ne pouvant être complet, il est évident que les calculs seront caduqes. Chambre, Sénat, parlements provinciaux, tous seront incomplets.

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Bref, Corneille Nangaa se joue des lois, de la Constitution et met en péril le processus électoral pour permettre à Joseph Kabila de prolonger son mandat à la tête du pays. Il met ainsi en péril la paix et la stabilité de ce pays et de la région au profit d’un seul homme.

Le piège de la Ceni

Le piège est tendu. Si les Congolais étaient tentés de boycotter le scrutin de ce dimanche, la Ceni pourrait valider rapidement le scrutin et annoncer la victoire de son candidat. En cas de mobilisation « normale » du peuple congolais, il pourrait évidemment être empêché d’annoncer le verdict des urnes par une cour constitutionnelle qui invaliderait le scrutin.

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