Opinion: élections au Congo : la dernière ligne droite ?

Opinion: élections au Congo : la dernière ligne droite ?

Par Pie Tshibanda (*).

A un peu plus d’une semaine avant les élections, il y a encore un bon nombre de Congolais qui sont sceptiques et qui redoutent une mascarade. Les tenants du pouvoir, organisateur des élections, sont, eux, sûrs de leur affaire. « Avec ou sans les machines à voter, nous gagnerons. », clament-ils sans se préoccuper du caractère suspect d’une telle assurance. L’histoire des élections au Congo ne rassure pas. En 2011 un ministre belge n’avait-il pas assuré: « Il y a eu des irrégularités mais pas de nature à modifier l’ordre d’arrivée ». Sous d’autres cieux, la moindre irrégularité aurait justifié l’invalidité du scrutin ; mais le Congo est un cas particulier. Après tant d’atermoiements, cette fois on y est, le président Kabila ne se représente pas.

L’idéal aurait été qu’il reste au dessus de la mêlée mais, hélas, il a désigné un dauphin en faveur de qui madame son épouse est descendue dans l’arène pour soutenir la campagne électorale. On aurait pu s’en tenir là mais que nenni, la première dame ressort des arguments des années soixante, de triste mémoire. « Vous n’allez quand même pas voter pour quelqu’un qui s’est marié à une femme étrangère, comme s’il n’y avait pas de femme au Congo ! Vous n’allez pas voter non plus pour celui qui n’est pas stable dans son foyer ! Vous n’allez pas voter pour quelqu’un qui risque d’en faire baver aux shahiliphones ! », claironne-t-elle.

Dans les documents audiovisuels qui existent, c’est pourtant Shadari qui avait promis des gêner la campagne électorale des autres candidats. D’aucuns avaient espéré que ces menaces resteraient théoriques, mais que dire lorsqu’on voit que les candidats de l’opposition n’ont pas le droit de circuler comme ils veulent, que les mêmes manœuvres utilisées dans le passé pour barrer la route à Tshisekedi sont encore utilisées aujourd’hui ? Le mercredi 19 décembre, le convoi de Fayulu, revenant du Bandundu, a été bloqué pour l’empêcher d’entrer triomphalement dans la ville de Kinshasa et, pendant qu’il était ainsi retenu, le gouverneur de Kinshasa a décrété que c’en était fini de la campagne électorale dans la ville de Kinshasa.

Dans les provinces, les gouverneurs sont presque tous de la majorité présidentielle ; les observateurs étrangers ont été empêchés de venir voir ce qui se passera au Congo ; des machines à voter ont été brûlées ; des mouvements de troupes sont constatés ci et là. Autant de prémisses qui font augurer des jours difficiles, des signes qui font craindre la réaction d’un peuple qui n’a plus rien à perdre. Samedi, une marche de Congolais de la diaspora est prévue à Bruxelles; non pas pour soutenir l’un ou l’autre candidat mais pour tirer une sonnette d’alarme afin qu’il n’y ait pas d’autres morts autour de ces élections. Le sol congolais a bu suffisamment du sang de ses fils. Trop c’est trop.

Si Genève pouvait être recommencé, tous les candidats étant finalement d’accord d’aller aux élections avec les machines à voter, qu’est-ce qui justifierait la dissension ? Pourquoi l’un des candidats ne reconnaîtrait-il pas le pouvoir qu’aurait son collègue d’affronter avec plus de chance de réussite un concurrent soutenu de manière pas loyale ? Il n’est pas encore trop tard ; je délire sans doute mais je vois l’opposition se réunir et empêcher que le sang du peuple ne coule. Si tous les opposants avaient refusé d’aller aux élections à cause de machines à voter, le pouvoir en aurait profité pour dire : c’est eux qui boycottent les élections. Heureusement l’UDPS a dit : « Allons-y ! ». Alors on y va ou on n’y va pas ? On ne peut pas tromper le peuple tout le temps.

(*)Psychologue, écrivain, conteur … « Un fou noir au pays des blancs »

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