RDC : Nangaa confirme le report du scrutin pour les « raisons techniques »

RDC : Nangaa confirme le report du scrutin pour les « raisons techniques »

Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a donc annoncé un report d’une semaine des scrutins. En cause, le remplacement des 8 000 machines qui auraient été incendiées le 13 décembre dernier dans un entrepôt de la Ceni à Kinshasa.

Avec sa faconde habituelle, Monsieur Nangaa a expliqué que tout a été fait, grâce à des machines en surplus, pour pallier les conséquences de cet incendie. Mais, malgré cette organisation quasi militaire, dont il s’ennorgueillit, un grain de sable est venu se glisser dans les rouages. Ces machines qui n’étaient pas initialement destinées à Kinshasa doivent être reconfigurées et de nouveaux bulletins de vote (5 000 000 !) ont dû être recommandés en Corée du Sud, pays du fournisseur de tout ce matériel électoral. Évidemment, la fabrication et l’acheminement de ces tonnes de papier ne peuvent se faire en un jour. Deux scénarios se présentaient alors à la Ceni. Le premier : organiser le scrutin à la date prévue, le 23 décembre, sur l’ensemble du territoire sauf dans la ville-province de Kinshasa. Le vote dans la capitale se serait déroulé le 30 décembre. Second scénario : postposer l’ensemble des scrutins au 30 décembre.

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Avec son aplomb habituel, Corneille Nangaa a expliqué qu’après un tour de table avec les institutions du pays, les responsables des partis politiques et des organisations religieuses, un consensus est apparu pour reporter l’ensemble des scrutins au 30 décembre.

« Allez, circulez, tout va bien Madame la Marquise, le peuple attendra et tous les niveaux de pouvoir sont d’accord », lance en substance et avec suffiance Corneille Nangaa.

Les ténors de l’opposition politique essentiellement regroupés derrière les deux principaux candidats que sont Félix Tshisekedi et Martin Fayulu sont, doux euphémisme, nettement moins emballés. Eux, ils ont toujours expliqué qu’il n’était pas envisageable de postposer d’une seule seconde ce scrutin qui aurait dû être organisé depuis 2016. Si aucun mot d’ordre officiel n’a encore été diffusé par leurs plateformes politiques, il est peu probable que l’opposition accepte de revoir son positionnement, sauf à juger que l’élan qui porte aujourd’hui l’opposition est suffisant pour s’autoriser un report d’une semaine.

Tout au long de cette campagne pour les élections présidentielles, législatives et provinciales, le peuple congolais les a soutenus, rejetant avec détermination le candidat de la majorité présidentielle, Emmanuel Shadary Ramazani. L’opposition se sent pousser des ailes et juge ce énième report comme une “tentative désespérée du pouvoir de M. Kabila de nous pousser à la faute”, expliquait ce jeudi soir un représentant de l’UDPS, le parti de Félix Tshisekedi, sur le plateau de France 24. “Messieurs Kabila et Nangaa sont responsables de ce désastre”, nous explique Olivier Kamitatu, le porte-parole de Moïse Katumbi, soutien de Martin Fayulu. “Ils doivent en tirer les conséquences et démissionner. On ne se moque pas impunément des Congolais.”

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Faut-il s’attendre à une forte mobilisation de la rue  contre ce report?

La répression du pouvoir a jusqu’ici étouffé dans l’œuf toutes les velléités du peuple. Mais il s’agissait essentiellement de mouvements de colère sporadique ou de marches pacifiques initiées par l’Église catholique. Cette fois, la donne a changé. L’apparition du candidat Martin Fayulu, supporté par Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, a redonné de la couleur à une opposition qui avait jusqu’ici brillé par son incapacité à proposer une solution crédible. Désormais, lors de cette campagne, des centaines de milliers de Congolais se sont levés pour aller acclamer leurs champions et, dans le même élan, conspuer le dauphin de Kabila.

Le scrutin peut-il réellement se tenir le 30 décembre ?

Corneille Nangaa l’assure, ses affidés le martèlent. Pour l’opposition, la critique est aisée et le doute persistant. “Ils ont eu deux ans pour préparer ce scrutin sans y parvenir. Comment croire qu’ils peuvent faire aboutir ce processus en une semaine ?”, interroge Olivier Kamitatu.

Le doute sur le motif du report ?

Corneille Nangaa a motivé ce report par l’incendie qui a ravagé un entrepôt de la Ceni et 8 000 machines à voter à Kinshasa, avenue du Haut Commandement, une des artères les plus sécurisées de la ville. Sans enquête, le ministre de la Communication Lambert Mende a pointé un doigt accusateur vers le candidat Fayulu qui ne voulait pas entendre parler de l’utilisation de ces machines pour le scrutin. Désormais, Nangaa, lui, parle d’un “malheureux incident”, sans qu’il y ait eu plus d’enquête et sans que personne n’ait pu avoir accès à cet entrepôt où une montagne de machines calcinées doit pourtant être visible. Le prétexte de ce report est donc sujet à caution.

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