Des « Kamwina Nsapu » au Katanga

Des « Kamwina Nsapu » au Katanga

Des miliciens kasaïens “Kamwina Nsapu” sont- ils entrés au Katanga? Trois de nos sources l’affirment.

Venant de Luiza (Kasaï central), ils ont perpétré des exactions dans la région de Kapanga (Lualaba, une des quatre provinces découpées, depuis 2015, dans le Katanga).

Des terres pro-Tshisekedi

Les cinq provinces du Grand Kasaï sont, depuis 2016, le théâtre d’une révolte paysanne, à la suite d’une tentative d’autorités locales de nommer un fantoche à la place du chef de l’importante tribu des Bajila-Kasanga, le Kamwina Nsapu. La révolte s’est propagée en raison de l’abandon dans lequel Kinshasa laisse la région, largement favorable à l’opposition tshisekediste. Les exactions des insurgés et la répression aveugle menée par la police et l’armée ont fait des centaines de morts et, selon l’Onu, 1,2 million de déplacés.

Ce n’est qu’en mars que les autorités congolaises ont rendu le corps de Kamwina Nsapu à sa famille et rétabli celle-ci dans ses droits rituels et administratifs. Selon le journaliste congolais Bruno Kasonga, originaire du Kasaï, cependant, seule une partie des miliciens de Kamwina Nsapu ont accepté la paix. “Le groupe contestataire s’est de plus en plus radicalisé et s’est installé autour de Kananga”, où il a commis des exactions. “Cependant, ils ne disposent pas d’un arsenal militaire très fourni, ni d’équipements ou moyens logistiques utiles pour opérer efficacement loin de leur territoire”.

Qui sont, alors, les autres auteurs des exactions perpétrées dans les cinq provinces du Grand Kasaï au nom de Kamwina Nsapu?

Notre confrère nous répond qu’il existe “un petit groupement de Bajila-Kasanga aux environs de Tshikapa”, où un autre conflit de succession a “dégénéré et abouti à la création d’une autre milice, dont les membres sont assimilés à ceux de Kamwina Nsapu. Ils sont auteurs de nombreuses violences dans cette province”. Mais, ajoute-t-il, on évoque de plus en plus des groupes “qui seraient le résultat d’une manipulation gouvernementale à travers les services spéciaux” dans le but de “créer des situations confuses qui permettraient de ne pas organiser les élections au Kasaï ou de prolonger éternellement la transition”.

De fait, la semaine dernière, le président de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), Corneille Nangaa – réputé soumis au chef de l’Etat –  a indiqué que soit “on va aux élections sans le Kasaï”, favorable à l’opposition, “soit on stabilise ce coin (…) mais là (…) ce ne sera pas en décembre” qu’auront lieu les élections.

Ceux qui soutiennent Kabila

Selon notre source katangaise, en avril “les religieux de la mission de Kalamba ont pris la fuite vers Kolwezi (Lualaba) et Lubumbashi (Haut-Katanga). L’un d’eux a dit que les assaillants étaient venus du Kasaï et avaient tué des gens en les accusant de soutenir Kabila”. La famille Kabila est originaire du Katanga, qui lui était favorable avant qu’une nette désaffection porte l’ancienne province à se tourner volontiers vers son ex-gouverneur, Moïse Katumbi, le rival politique du président Kabila.

Selon cette source katangaise, “l’armée angolaise s’est jointe à l’armée congolaise pour combattre ces assaillants qu’on dit être des Kamwina Nsapu, fin avril. Une quarantaine de ceux-ci ont été ramenés de Kapanga dans deux avions à Kolwezi, pour y être jugés”. “A Kapanga, les gens les avaient d’abord pris pour de simples voleurs, parce qu’ils pillaient le bétail et les aliments, avant de se rendre compte que ce n’était pas le cas”, poursuit cette source. Ils ont, en effet. “tenu des discours sur l’auto-défense populaire en faisant référence à Kabila père et contesté les “Rwandais” qui, selon eux, sont au pouvoir à Kinshasa”.

Les hommes de Gédéon

L’auto-défense populaire est le nom donné par Kabila père aux milices qu’il avait créées en 1999 au Katanga pour combattre les rébellions du Kivu appuyées par le Rwanda; non entretenues, elles avaient dégénéré en groupes armés meurtriers, dont le plus connu était dirigé par Gédéon Kyungu, responsable d’atrocités. Par ailleurs, une partie des adversaires de Joseph Kabila l’accusent d’être un Rwandais adopté par Laurent Kabila.

Le discours des “Kamwina Nsapu” qui ont sévi à Kapanga renvoie donc plutôt aux insurgés katangais de Gédéon Kyungu – qui s’est rallié l’an dernier à Joseph Kabila – qu’au défunt chef kasaïen.

Pour ajouter à la confusion, l’armée congolaise met sur pied, pour la répression au Kasaï, deux nouveaux régiments à partir d’ex-combattants armés officiellement démobilisés, qu’elle remobilise. Et parmi eux figurent des ex-miliciens du Kivu mais aussi des hommes de Gédéon Kyungu.

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