RDCongo: les élections sont déjà un désastre

RDCongo: les élections sont déjà un désastre

Commentaire par Marie-France Cros.

« Le pays est engagé dans l’organisation de ces élections et ne peut se permettre un report dont vous semblez ne pas mesurer les conséquences sur la stabilité et la légitimité de nos institutions », avait écrit Corneille Nangaa, président de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) le 21 novembre dernier à Seth Kikuni Masudi, un des candidats à la Présidence qui avait demandé la veille le report des élections présidentielle, législative nationale et législative provinciale prévues pour ce 23 décembre. En annonçant jeudi le report des scrutins au 30 décembre, M. Nangaa est donc parfaitement conscient des risques de troubles entraînés par son incapacité à respecter la promesse – maintes fois répétées par lui-même et par le chef de l’Etat, qui perd ainsi la face – de les tenir le 23 décembre.

Après avoir écrit à Seth Kikuni Masudi que « l’ensemble des activités prévues » par le calendrier électoral de la Ceni « ont été réalisées avec satisfaction et se poursuivent tout aussi parfaitement », M. Nangaa a expliqué jeudi le report par des raisons “techniques” d’impréparation. Mais la tension est si forte, au Congo, que beaucoup de Congolais pourraient ne pas l’accepter, comme le fait redouter la colère des étudiants de l’Unikin jeudi après-midi (voir vidéo).

Car si ce processus électoral doit, en théorie, permettre la première transition pacifique du pouvoir dans ce pays, il est déjà un désastre.

N’ayant pas organisé les élections qui devaient le remplacer après deux mandats constitutionnels, Joseph Kabila a été pressé de le faire par la communauté internationale. Il a donc fait mine de s’exécuter, tout en organisant ses affidés afin qu’ils pipent les dés en faveur de son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, tout en créant des possibilités d’annuler les scrutins pour cause majeure – violences ou problèmes techniques.

Se sont donc multipliés, en parallèle, les conflits locaux, les atteintes à la neutralité du vote (imposition de machines à voter dont la Ceni a refusé de laisser auditer le logiciel; 16,6% d’électeurs enregistrés irrégulièrement), les faveurs de l’Etat au candidat kabiliste, les entraves aux meetings de l’opposition et les attaques physiques contre ses partisans. En réaction, nombre de Congolais, ulcérés par 18 ans de règne de Joseph Kabila – devenu millionnaire – sans que leur niveau de vie s’améliore, s’en prennent de plus en plus fréquemment aux représentants de la continuité.

Alors que le Congo est au bord de l’explosion, la communauté internationale s’y intéresse de moins en moins, faute de consensus. Que fera-t-elle quand le Congo se délitera complètement?

Vidéo: Les étudiants de l’Université de Kinshasa en colère.

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