La tension monte à Madagascar dans l’attente de l’issue du combat des chefs

La tension monte à Madagascar dans l’attente de l’issue du combat des chefs

La publication des premiers résultats de l’élection présidentielle malgache a fait monter la tension d’un cran jeudi entre les camps des finalistes, qui affirment tous les deux l’avoir emporté et s’accusent mutuellement de fraudes.

Ce nouveau bras de fer entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina rapproche un peu plus le pays d’une des crises politiques dont il a le secret depuis son indépendance de la France en 1960.

Sans surprise, les premiers résultats égrenés jeudi par la Commission électorale (Ceni) ont fait monter la température dans les états-majors.

Le dernier comptage publié jeudi portait sur le dépouillement de 18% des bureaux de vote représentant près d’un quart des près de 10 millions d’électeurs inscrits. Il accordait une nette avance à M. Rajoelina avec 54,6% des suffrages contre 45,4% à son rival.

Faute de détails sur leur provenance, notamment géographique, ces chiffres préliminaires ne permettaient pas de dessiner une tendance fiable.

Mais ils n’ont pas empêché les deux candidats, dès mercredi soir, de proclamer leur victoire.

« Le changement arrive demain et, dès aujourd’hui, vous pouvez dire que +Dada+ (« Papa », son surnom) est élu », avait lancé Marc Ravalomanana à ses partisans à Antananarivo.

« C’est le 13 (son numéro sur la liste des candidats) qui mène dans tout Madagascar », a asséné en retour Andry Rajoelina. « Je suis persuadé de remporter une victoire, mais on va attendre les résultats officiels ».

– ‘Fraudes massives’ –

Au premier tour, l’ex-publicitaire et disc-jockey, 44 ans, avait déjà viré en tête avec 39,23% des voix. M. Ravalomanana, 69 ans, qui a fait fortune à la tête d’un groupe laitier, le talonnait avec 35,35%.

La Ceni a promis de livrer ses premiers résultats significatifs après Noël. Jusqu’à leur publication complète, la bataille des chiffres s’annonce longue et crispée.

Dès la semaine dernière, Marc Ravalomanana avait mis en garde contre la circulation de « fausses cartes d’identité et fausses cartes d’électeurs.

Jeudi matin, il a dénoncé des « fraudes massives ». « On constate beaucoup de contestations et d’irrégularités. Je commence à être inquiet », a-t-il déclaré à l’AFP. « Je n’accepterai les résultats que s’ils correspondent à la réalité, sinon je ferai un recours ».

Dans la cour de son QG, ses partisans ont crié au scandale. « Les résultats rapportés par la Ceni sont faux », a déploré Lova Andrianjaka Rakotiarisoa, 50 ans, « nous sommes prêts à supporter jusqu’au bout notre candidat ».

Conforté par les premiers scores publiés, l’entourage d’Andry Rajoelina a répondu en accusant à son tour celui de son adversaire de « fraudes » et de « manipulations ».

« S’ils disent avoir constaté des fraudes, je les encourage à utiliser les voies de recours prévues par la loi », a répondu à l’AFP l’ancien ministre Hajo Andrianainarivelo. « Nous avons fait un grand pas vers la victoire, les urnes ont parlé une bonne fois pour toutes ! »

– ‘Pas de triche’ –

« Ravalomanana a tort de dire que nous avons triché », a renchéri Aimée Rasoharivololona, 53 ans, une vendeuse du marché central de la capitale qui a voté pour lui. « Tout le monde ici a voté pour lui, on croit dur comme fer qu’il sera notre prochain président ».

Tout au long de la campagne électorale, les échanges ont été vifs entre les deux ex-chefs de l’Etat et leurs partisans, dont les rancunes remontent à la crise de 2009.

Elu en 2002, M. Ravalomanana avait été obligé de démissionner sept ans plus tard face à une vague de manifestations violentes fomentées par M. Rajoelina, alors maire d’Antananarivo.

Ce dernier avait ensuite été installé par l’armée à la tête d’une présidence de transition qu’il a quittée en 2014.

Les deux hommes avaient été privés de revanche en 2013, interdits de candidature à la faveur d’un accord de sortie de crise validé par la communauté internationale.

Depuis des semaines, leur duel aux airs de règlement de comptes a occulté le débat sur l’insécurité, la corruption et surtout la pauvreté du pays, un des moins avancés sur le continent africain et dans le monde.

« Je suis inquiète car si les résultats sont serrés, aucun n’a fait la promesse ferme de les respecter », observe Hony Radaert (ONG Collectifs des citoyens). « Les deux candidats et leur entourage ont des intérêts énormes en jeu, il y a des risques de dérapages ».

Mercredi, le chef de la mission d’observation de l’Union européenne, Cristian Preda, a appelé les protagonistes au sang-froid.

« On espère comme au premier tour que les candidats attendent patiemment les résultats », a-t-il déclaré, « on attend qu’ils ne mobilisent pas la rue, ce n’est pas comme ça qu’ils gagneront ».

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