RDCongo: Albert Yuma en guerre contre les Occidentaux, avec … un Français

RDCongo: Albert Yuma en guerre  contre les Occidentaux, avec … un Français

Dans l’ombre du président Joseph Kabila, à l’unisson du « chef », un grand patron congolais tiré à quatre épingles multiplie les diatribes contre les « voyous » de l’Occident accusés de piller le cobalt et le cuivre de la République démocratique du Congo (RDC). Albert Yuma Mulimbi, 63 ans, est capable de tenir toute une conférence de presse pour dénoncer les « mensonges » des ONG occidentales et leurs enquêtes sur la corruption en RDC.

En pleine campagne avant les élections prévues le 23 décembre, M. Yuma proclame – comme une partie de l’entourage du président Joseph Kabila – que ces ONG sont à la solde du milliardaire américain Georges Soros, accusé de vouloir déstabiliser la RDC pour permettre aux Anglo-saxons de faire main basse sur le cobalt congolais. « Mais bien sûr que j’y crois vraiment », assure-t-il de sa voix métallique, dans un entretien avec l’AFP.

Double casquette

L’homme d’affaires n’est pas qu’un simple obligé du président Kabila, ni un dignitaire politique, ni un ennemi de l’Occident égaré dans les théories du complot. Dans la capitale minière Lubumbashi, M. Yuma règne sur le siège flambant neuf de la Générale des carrières et des mines (Gécamines), le fleuron minier national 100% public qu’il tente de redresser. A Kinshasa, le patron de la Gécamines dirige le syndicat patronal Fédération des entreprises congolaises (FEC).

« Citizen Yuma » a fait carrière et fortune dans un groupe textile belge reconverti dans l’immobilier à Kinshasa, Texaf. Avec un associé belge, Yuma « détient 5% du capital, représentant une fortune d’environ 8 millions d’euros », avançait l’hebdomadaire ‘Jeune Afrique’ en 2015. Né avant l’indépendance, il a fait toutes ses études en Belgique, jusqu’à l’université catholique de Louvain. « Je suis un produit de l’éducation occidentale. C’est peut-être aussi ma force parce que je les connais très bien, quand ils mentent et qu’ils disent des bêtises », avance M. Yuma.

« Nous n’avons pas peur »

« Ils », ce sont les ONG comme Global Witness ou le Centre Carter, qui affirment que 750 millions de dollars ont mystérieusement disparu des comptes de la Gécamines, comparée à « un distributeur automatique de billets » pour le régime. « C’est un comportement de voyou pour faire peur et nous n’avons pas peur », lance-t-il.

« Ils », ce sont aussi les partenaires étrangers de la Gécamines, avec qui M. Yuma renégocie tous les contrats miniers dès lors qu’ils ne servent pas assez les intérêts congolais. « Nous avons commencé avec Glencore (ndr: groupe minier anglo-suisse) parce que c’était le plus déséquilibré », avance-t-il. Une filiale de Glencore devait verser 150 millions à la Gécamines pour poursuivre l’exploitation de la mine de Kamoto.

Pas de tendresse envers les Chinois

Volontiers dur envers l’Occident, le grand patron congolais est plus discret envers la Chine, un acteur économique majeur en RDC depuis la signature d’un grand accord « infrastructures contre matières premières » dans les années 2000. « Je crois que s’il y a un minimum d’infrastructures routières, c’est grâce à cet accord, qui a permis d’aider à la reconstruction économique de ce pays », avance M. Yuma.

« Je n’ai aucune tendresse particulière envers les Chinois », assure-t-il, citant le cas d’une entreprise chinoise, Molybdenum, qui a racheté en 2016 le gisement géant de Tenke et Fungurume (TFM) pour 2,6 milliards de dollars à l’Américain Freeport. « C’est un des prochains partenariats sur lesquels nous allons agir parce que nous sommes particulièrement mécontents de la façon dont (le partenaire chinois) est en train de gérer TFM », promet le patron de la Gécamines.

Mais c’est avec une autre société chinoise de Hong Kong qu’il vient d’annoncer un premier accord nouvelle génération supposé « gagnant-gagnant » pour les deux parties. « Dès la première année de production, Gécamines sera payée en de quantité physique de cuivre et de cobalt, dont nous aurons le contrôle commercial à 100% », se félicite-t-il. « Il n’est plus question de signer des joint ventures où l’on attend des hypothétiques dividendes ».

« Il ne faut pas que l’on privilégie trop les étrangers par rapport aux nationaux », conclut M. Yuma sous le regard approbateur d’un de ses proches collaborateurs. Un Français.

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