Le terrible colonel Charles Alamba est décédé à la prison de Makala

L’ex-procureur de la Cour d’Ordre militaire, le terrible colonel Charles Alamba, lui-même condamné à mort en 2004 – une sentence non exécutée – est décédé dimanche au centre médical de la prison de Makala, à Kinshasa, a indiqué l’AFP, selon laquelle le directeur de la prison a confirmé le décès.

Une juridiction d’exception cruelle

La Cour d’Ordre Militaire (COM) est une juridiction d’exception  qui avait été créée par Laurent Kabila en août 1997, trois mois après son arrivée au pouvoir. Selon le décret qui l’établissait, « ses décisions (n’étaient) susceptibles ni d’appel, ni d’opposition ». Elle devait juger les membres des forces armées mais aussi  « tout individu poursuivi pour des infractions à main armée portant atteinte à des personnes ou à leurs biens », donc y compris des civils, ce qui est contraire aux règles de base du droit.

La COM fut encore pire que ce que l’on pouvait craindre puisqu’elle dépassa ses limites, déjà larges, notamment en jugeant des civils n’ayant commis aucune infraction à main armée. Notamment, en 1998, le Belge André Schetter, accusé de « complot contre le régime constitutionnel » pour avoir prêté un appartement  à celui qui était alors un opposant, Joseph Olengankoy, dont la maison avait été pillée.

L’association de défense des droits de l’homme Asadho avait souligné, en 2000, qu' »en trois ans, la COM (avait) prononcé plus de condamnations à mort suivies d’exécutions que la totalité des tribunaux civils et militaires du pays au cours des 20 dernières années Mobutu ». Ses juges étaient désignés par le chef de l’Etat qui avait, seul, pouvoir de renverser ses décisions; soit Laurent Kabila, jusqu’à son assassinat en janvier 2001, puis Joseph Kabila. La COM a été abolie le 24 avril 2003, à la suite du « Dialogue intercongolais » entre pouvoir et opposition.

Alamba et les peines de mort

Le procureur général devant cette cour était le colonel Charles Alamba, rapidement renommé pour sa dureté; il assurait que la COM avait « également pour mission de débarrasser (le pays) des anti-valeurs sociales ». Lors d’un procès intenté à Likasi en septembre 2001 contre 98 personnes accusées de différents complot contre les présidents Kabila père et fils, l’Asadho avait relevé les noms de seize officiers et deux fonctionnaires accusés de torture par les prévenus, en tête desquels figurait Charles Alamba. Parmi les 98 inculpés figuraient 6 personnes qui avaient déjà été jugées pour les faits dont elles étaient accusées et 17 qui n’avaient jamais été entendues encore lorsque débuta le procès; enfin, une partie des inculpés étaient des épouses arrêtées – parfois avec leur bébé – à la place de prévenus qu’on n’avait pas attrapés.

Lors du procès des assassins présumés de Laurent Kabila, ouvert en 2002, alors que les avocats de la défense soulignaient que la COM n’était pas conforme aux normes internationales ni aux engagements du Congo en la matière, le colonel Alamba avait rétorqué que la COM agissait en application du droit interne plutôt que du droit international « qui n’est même pas appliqué par ses auteurs », rapporta l’agence APA.

Alors qu’ un avocat sollicitait le transfert des épouses de soldats en fuite et de leurs enfants malades dans des centres médicaux, le procureur Alamba avait rejeté cette demande au motif que ces femmes étaient dangereuses et, qu’au besoin, elles pouvaient recevoir la visite d’un médecin en prison.

Dans ce procès contre 135 prévenus, il avait ensuite requis 115 peines de mort, y compris contre des épouses arrêtées à la place de leur mari: le colonel Alamba estimait qu’elles devaient être au courant des activités de leur époux, qu’elles ne les avaient pas dénoncées et avaient donc trahi la République. Finalement, 30 personnes furent condamnées à mort et 45 acquittées.

Arrêté à son tour

Six mois après l’abolition de la COM, le terrible colonel Alamba avait refait parler de lui. Il était accusé d’être le commanditaire de l’assassinat et de la mutilation de Steve Nyembo, directeur des Ressources humaines de la Direction générale des impôts, en septembre 2003.

Un an plus tard, il était condamné à mort, avec 7 autres prévenus, par la Haute cour militaire, pour association de malfaiteurs, assassinat, terrorisme, évasion de détenus, incitation à la violence, détournement de biens saisis et détention d’armes et de munitions de guerre.La peine de mort n’avait pas été exécutée.

La famille exige une autopsie

Dans un message électronique parvenu à La Libre Belgique, la famille du colonel Alamba a exigé dimanche, apparemment depuis les Etats-Unis, « une autopsie » du condamné, assurant son décès « louche ». Faute d’autopsie, menace le texte, « nous serons obligés de dévoiler certaines vérités que la famille a gardées depuis toujours »

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