RDCongo: les élections seront « difficilement reconnues comme crédibles »

RDCongo: les élections seront « difficilement reconnues comme crédibles »

« Les élections du 23 décembre pourront difficilement être reconnues comme crédibles au regard des standards internationaux », conclut une étude, publiée ce 19 décembre, du Groupe d’Etude sur le Congo (GEC), basé à l’Université de New York.

Le travail du GEC – 30 pages dans la version française – rappelle d’abord le cadre dans lequel se déroulent ces scrutins présidentiel, législatif national et législatif provincial: un pays où le président Joseph Kabila a, légalement et illégalement, accru considérablement sa main-mise sur les rouages de l’Etat et du gouvernement, ainsi que sa fortune personnelle et celle de sa famille; organisé des « dialogues » avec l’opposition au lieu des élections prévues par la Constitution, mais sans appliquer leurs recommandations (toujours les mêmes); instrumentalisé des conflits coutumiers – parfois créés par ses décisions – à des fins politiques.

Encore plus d’inégalité entre candidats

Après les élections non crédibles de 2011, qui ont maintenu Joseph Kabila au pouvoir, celles de 2018 partent sur des bases encore plus inégalitaires entre candidats. En effet, les coûts pour déposer un dossier de candidature ont grimpé, depuis les élections générales de 2006 – les seuls crédibles jusqu’ici – de 99% à 523% selon les scrutins, en prenant en compte l’inflation du franc congolais, ce qui empêche les partis qui n’ont pas été au gouvernement et n’ont pu s’y enrichir de présenter autant de candidats qu’ils le voudraient. Le FCC (Front commun pour le Congo, coalition kabiliste) a dépensé 20 millions de dollars pour aligner plus de 23.000 candidats, quand l’UDPS n’a pu investir que près de 800.000 dollars pour 375 candidats à la législative nationale et 485 aux provinciales. Entretemps, le salaire d’un député national a été multiplié par huit, pour arriver aujourd’hui à 12.000 dollars par mois en salaire et avantages, détaille l’étude du GEC.

Par ailleurs, la justice et l’administration, « au service de la répression », ont ciblé les dirigeants d’opposition en les poursuivant et en les emprisonnant; en les excluant des élections; en reconnaissant des « partis-doublons » (qui portent le même nom que des formations d’opposition mais sont dirigés par des affidés du pouvoir) afin de tromper l’électeur. S’il y avait 278 partis politiques enregistrés en 2006, il y en a 601 et 69 regroupements politiques en 2018.

Confusion entre Etat et coalition kabiliste

En outre, on assiste à une confusion de plus en plus grande entre l’Etat et la coalition kabiliste FCC, qui mène campagne aux frais de l’Etat quand les candidats d’opposition voient leurs droits niés ou rabotés. Non seulement la Radio-Tv d’Etat (RTNC) ne mentionne pas les activités des opposants, uniquement celles des candidats kabilistes, mais, si l’on compte les médias privés, les temps d’antenne des deux coalitions d’opposition représente  0,11% et 0,19% – sans surprise puisque le pouvoir a « réduit au silence » 6 médias proches d’opposants.

L’espace politique est de plus en plus restreint: malgré la loi, les meetings et manifestations de l’opposition sont souvent interdits. Au premier semestre 2018, l’Onu a ainsi recensé 499 violations de la liberté politique alors qu’il y en avait eu 260 pour toute l’année 2015. Et l’ONG congolaise Journalistes en danger (JED), qui avait recensé 72 atteintes à la liberté de la presse en 2015, en a relevé 87 en 2016, 121 en 2017 et autant en 2018, pas encore terminée. A chaque forte mobilisation de l’opposition, le régime suspend l’internet et la téléphonie mobiles, ainsi que des radios internationales.

Fichier biaisé et observateurs refusés

L’élection se déroulera sur base d’un fichier contenant 16,6% d’électeurs irrégulièrement enregistrés et avec des « machines à voter » dont la Ceni (Commission électorale nationale indépendante, réputée acquise au chef de l’Etat) a refusé que le logiciel soit audité, ouvrant la porte à tous les soupçons de fraude organisée.

Or, si en 2006 la présence de nombreux observateurs avait crédibilisé l’élection, ce n’est plus le cas, souligne le GEC. La Monusco (Mission de l’Onu au Congo) a été tenue à l’écart en raison de sa dénonciation de l’accroissement des violations des droits de l’homme et de l’impunité accordée à leurs auteurs  (largement membres des forces armées ou de l’administration); son accès aux lieux a donc été réduit, ce qui diminue ses dénonciations. En outre, sur les 7 délégations d’observateurs étrangers présentes en 2011, seules 3 sont acceptées cette année – celles qui avaient été les moins critiques en 2011. Quant aux observateurs nationaux, faute de moyens, ils sont moins nombreux que lors des précédents scrutins: 70.000 pour 75.000 bureaux de vote cette année, contre 110.000 pour 50.000 bureaux de vote en 2006 et 187.238 pour 63.000 bureaux de vote en 2011.

Le rapport du GEC s’inquiète également du désintérêt croissant de la communauté internationale pour la crise congolaise, « faute de consensus entre les partenaires du Congo ». Dans ces conditions, « une part grandissante de Congolais va se retrouver frustrée dans son droit à choisir ses dirigeants », alors qu’ils n’ont « que peu bénéficié » de la multiplication par 5 du produit intérieur brut du pays (essentiellement grâce aux ressources minières) depuis l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila, en 2001. Il y a donc, analyse le GEC, « un sérieux risque de voir des troubles éclater dans plusieurs villes du pays ».

http://congoresearchgroup.org/wp-content/uploads/2018/12/CRG_Report_3_Final_version.pdf

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