RDC : Scrutin avec machines à voter, 2 Congolais sur 3 privés de vote

RDC : Scrutin avec machines à voter, 2 Congolais sur 3 privés de vote

Corneille Nangaa, le patron de la Commission électorale nationale indépendante, a un mérite : l’entêtement dans ses propos. L’homme martèle toujours que les élections auront bien lieu le dimanche 23 décembre avec les machines à voter malgré les lourds nuages qui s’amoncellent au-dessus de ce rendez-vous pourtant historique.

Les dernières données révélées sur l’organisation du scrutin ne font pourtant que renforcer les doutes. A moins de cinq jours du scrutin, ce sont des milliers de tonnes de matériels qui doivent encore être acheminés aux quatre coins du pays et alors que lors du scrutin de 2011 la Ceni pouvait compter sur une cinquantaine d’avions mis à sa disposition par la communauté internationale, cette fois, parce qu’elle a décidé de refuser toute aide extérieure, elle dispose de moins de dix aéronefs.

Face à ce souci logistique de taille, Jean-Pierre Kalamba, le rapporteur de  la Ceni explique le plus sérieusement du monde qu’il a mobilisé des motos à travers tout le pays pour transporter ce matériel vers les 21.000 centres de vote et les 179 centre de compilation.

Cet été, des responsables de la Ceni, confiants sur leur capacité d’organiser ces scrutins, expliquaient alors que le 5 décembre devait être la « date ultime pour le déploiement de tout le matériel électoral, feuilles de PV et fichiers de résultats inclus ». Ils ajoutaient qu’au-delà du 8 ou du 10 décembre « tout retard risque de poser un problème pour la formation des agents de la Ceni et même pour l’ouverture des bureaux de vote ». 

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Ce risque de report ne peut donc en aucune manière être imputable à l’incendie du dépôt de la Ceni le 13 décembre.

Aujourd’hui, 19 décembre, pratiquement aucun fichier ou feuilles de PV ne sont parvenus dans les bureaux de vote, alors que de plus en plus de voix se font entendre pour réclamer simplement la publication complète du cadastre des bureaux de vote.

Machines à voter rapatriées 

La Ceni a aussi expliqué qu’elle rapatriait à Kinshasa 2500 machines à voter, notamment de Mbuji-Mayi, pour remplacer les 8.000 machines qui auraient été « incendiées » ce fameux  jeudi 13 décembre dans l’entrepôt de la Ceni de l’avenue du Haut commandement, dans la commune de la Gombe. Malgré les appels de l’opposition et les conseils de certains milieux diplomatiques, les portes de cet entrepôt restent closes, ce qui n’autorise aucune confirmation de ce sinistre.

« Pas assez de machines pour tout le monde »

On se dirige donc, si le scrutin n’est pas reporté en dernière minute, vers une élection avec l’utilisation des machines à voter, illégales en regard de la loi électorale, et malgré les appels répétés à satiété par la société civile, le clergé et l’opposition.

La Ceni clame sur tous les toits que 100.000 machines à voter sont disponibles.Un chiffre dont il faudra retirer les 8.000 machines « incendiées » de Kinshasa et un nombre certain d’appareils endommagés lors de leur transport.

Mais pour la facilité des calculs à venir, partons sur un chiffre de 100.000 machines à voter réparties dans les 21.000 bureaux de vote pour un peu plus de 40 millions d’électeurs congolais.

« Les tests ont été réalisés. En moyenne, il faut compter entre 4 et 5 minutes par vote. Sans oublier les petits impondérables, les machines qui tombent en panne, les réclamations qui font perdre du temps. Cinq minutes par vote, c’est donc une moyenne plus que crédible », nous expliquait cet été un informaticien de la Ceni. Recontacté cette semaine, l’homme confirme ses dires. « Les démonstrations de Corneille Nangaa sont des saynètes bien répétées. Il ne cherche pas à choisir un candidat. Il tape au hasard sur l’ordinateur. Mais quand vous cherchez un candidat précis, ça prend beaucoup plus de temps. Sur base de notre expérience, douze électeurs à l’heure, c’est une bonne moyenne et, croyez-moi, en province, dans des conditions plus difficiles, il faut s’attendre à des chiffres bien moindres. »

Muni de cette estimation qui est conforme à celle de plusieurs QG de candidats, les projections sont catastrophiques. Douze électeurs à l’heure pendant douze heures, cela ne représente que 144 électeurs par machine. Il faut donc multiplier ce chiffre par 100.000, on obtient alors le chiffre de 14,4 millions d’électeurs pouvant voter lors de ce scrutin, ce qui signifie que 26 millions d’électeurs seront privés de vote.

« Il faut s’attendre à des frustrations terribles, explique notre informaticien. Certains partis politiques ont appelé leurs sympathisants à se rendre très tôt au bureau de vote pour être certains de pouvoir voter. »

La plupart des groupes politqiues contactés partagent cette crainte et tous pointent un doigt accusateur vers tris personnages. « Nangaa, son vice-président Basengezi et Kabila sont les vrais responsables de ce fiasco. En cas de report ou de chaos le jour du scrutin, ils devront en tirer les conséquences et démissionner. La communauté internationale ne pourra plus fermer les yeux. ils jouent avec le feu. ils pensaient qu’ils allaient pouvoir faire leur petite élection entre amis… »

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