RDCongo: déforestation et prolifération nucléaire, conséquences de l’incurie dans le dossier Inga

RDCongo: déforestation et prolifération nucléaire, conséquences de l’incurie dans le dossier Inga

Les retards accumulés dans le développement du projet Inga, auront des conséquences désastreuses pour l’Afrique. Ils vont accélérer la déforestation et pousser au développement du nucléaire, sous la houlette russe.

Les retards dans le développement du site hydroélectrique d’Inga sur le fleuve Congo, dus aux choix malencontreux de la présidence de Joseph Kabila – qui a surdimensionné la première phase et rebuté la Banque mondiale en confisquant le contrôle du projet au détriment du Parlement – vont entraîner des conséquences néfastes pour l’environnement régional.

Selon Theodore Trefon, conseiller pour la politique forestière en Afrique centrale du World Resources Institute de Washington et expert en gouvernance environnementale du Musée Royal d’Afrique centrale, “l’absence d’une stratégie robuste dans le domaine de l’hydroélectricité, avec des objectifs de mise en oeuvre réaliste, pose un problème critique pour les incroyables ressources forestières de la RDC”. En effet, explique-t-il, “la superficie des forêts diminue lentement mais sûrement, pas seulement à cause de l’agriculture sur brûlis mais aussi à cause de la pression urbaine exercée par la demande en charbon de bois”. “Sans ressources alternatives d’énergie domestique, faute de mieux, la seule option des habitants demeure le makala (NDLR: charbon de bois) de la forêt. Cette filière représente une énorme activité, employant au moins 400.000 personnes dans la production, le transport et la commercialisation. La RDC a les moyens de sauver ses forêts, mais ne peut pas le faire sans développer son secteur hydroélectrique”, analyse le chercheur américain.

Selon lui, les partenaires techniques et financiers de la RDC se battent depuis une vingtaine d’années pour résoudre le problème du makala mais sans succès. Ils en auraient davantage en tablant sur les énergies renouvelables pour sauver la deuxième plus grande forêt tropicale au monde. Question primordiale dans un pays qui tire de l’exploitation de sa biomasse 92% de son énergie.

Le lobby nucléaire en profite

Mais c’est mal parti. Outre la filière makala qui “mange” la forêt congolaise, l’autre grand bénéficiaire de l’incurie de la Présidence en matière énergétique est le lobby nucléaire, spécialement russe.

Sous la présidence de Jacob Zuma en Afrique du Sud, suite à la visite de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, en 2014, il a été question que la firme russe Rosatom aide ce pays à se doter d’une capacité additionnelle de 9600 MW, soit cinq fois supérieure à celle, existante, de la centrale de Koeberg (1900 MW). Le sujet a encore fait l’objet d’une discussion en juillet dernier entre Vladimir Poutine et le président Cyril Ramaphosa lors d’un sommet des BRICS à Johannesbourg. L’actuel chef d’Etat sud-africain est moins enthousiaste que son prédécesseur à engager son pays sur la pente d’un endettement important, estimé à plus de 70 milliards de dollars. Mais la récente perception par le parlement sud-africain que la perspective d’un apport d’Inga au mix énergétique national n’est pas réaliste à bref délai peut amener de l’eau au moulin du lobby nucléaire.

Rosatom maintient d’ailleurs la pression. En juillet 2018, la firme russe a signé un accord avec la société d’Etat sud-africaine Necsa pour une collaboration dans le domaine de la médecine nucléaire, démontrant sa volonté de rester présente sur le marché nucléaire sud-africain.

Le Nigeria et le Rwanda aussi

L’autre grand client potentiel de l’énergie d’Inga qu’est la première économie du continent, le Nigeria, a signé en octobre 2017 avec la Russie un protocole d’accord pour la construction d’une centrale et d’un centre de recherche nucléaires.

Plus récemment, en juin 2018, la Russie et le Rwanda ont signé un accord pour une coopération dans le domaine du nucléaire civil, avec des applications dans les domaines de la santé et de l’agriculture. Des accords similaires ont été conclus auparavant par Rosatom avec le Kenya, l’Ouganda et la Zambie.

Au printemps dernier, une délégation de la société russe s’est rendu à Addis Abeba pour préparer la formation d’ingénieurs nucléaires éthiopiens, avec en ligne de mire la construction d’une ou plusieurs centrales. Mais c’est à El Dabaa, à 300 km au nord-ouest du Caire que verra le jour la première centrale russe en Afrique. Les travaux de construction de cette centrale d’une puissance de 4800 MW, double de celle du barrage d’Assouan, doivent commencer au début 2020.

On ose espérer que la gestion des déchets, déjà controversée en Europe, aura fait l’objet des précautions nécessaires.

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