Le tourisme tunisien en quête de confiance

Le tourisme tunisien en quête de confiance

Secteur économique vital pour le pays, le tourisme tunisien est en crise. Un premier coup lui a été porté par la révolution de 2011, et l’instabilité consécutive. Les attentats perpétrés par l’Etat islamique au musée du Bardo et sur une plage de Sousse en 2015 ont porté le coup fatal : la baisse de fréquentation enregistrée cette année-là par rapport à 2014, de l’ordre de 30 %, s’est poursuivie l’an dernier.

« Officiellement, le tourisme représente 7 à 8 % du PIB, mais en réalité, il est le double, analyse Afif Kchouk, commissaire général du salon qui s’est tenu à Tunis il y a quelques semaines. « Mais l’État ne veut pas lui donner autant de poids, car on veut montrer une Tunisie agricole et industrielle. »

Comme pour l’Égypte, la Turquie et, dans une moindre mesure le Maroc, les touristes européens se sont détournés de la Tunisie. Le pays, dont la monnaie a fortement chuté, a désormais des difficultés à rembourser ses emprunts, par manque de recettes en devises. Et ce ne sont ni les Algériens, ni les Libyens, venus des pays voisins, qui vont y changer quoi que ce soit.

Crise hôtelière

Selon Afif Kchouk, la capacité absolue des hôtels est de 243 000 personnes, celle mise en exploitation est d’un peu plus de 50 %, de l’ordre de 145 000. « Mais ils ne travaillent qu’à 40 % de leur capacité. » L’an dernier, à Djerba, vingt hôtels ont fermé, dont quinze devraient rouvrir cette année.

Or l’équation est simple : une chambre, un emploi. Même si certains établissements ont continué à payer leurs employés dans l’attente de jours meilleurs, la perte en postes de travail s’élève à 60 %. Avant la révolution, on estimait à 400 000 le nombre de personnes vivant de l’activité touristique en Tunisie. En chiffre d’affaires, le décompte est implacable : de 3,7 milliards de dinars en 2009 et 2010, le revenu est tombé à 2,5 milliards en 2016, d’un dinar dévalué, soit même pas un milliard d’euros.

Levée de restrictions

Pour l’avenir à court terme, le commissaire général du salon du tourisme est rassuré par les données de réservation des tour-opérateurs et des compagnies aériennes, surtout pour la haute saison. La levée des restrictions dans plusieurs pays comme la Belgique y est pour quelque chose, même si l’Italie et surtout le Royaume-Uni tardent encore. Mais en Tunisie, tout le monde, y compris le moindre vendeur de babioles du village de Sidi Bou Saïd, tout le monde sait que, depuis la Belgique, les compagnies Tui et Thomas Cook ont repris leurs liaisons aériennes.

Reste l’inconnue de l’arrière-saison : « septembre, octobre, novembre doivent redresser l’année, selon Afif Kchouk, mais on n’a pas encore de perspective. Les clients tardent à réserver, vu l’abondance de l’offre. »

« La Tunisie a des arguments fondamentaux de poids et éternels », estime M. Kchouk, qui fait allusion aux 2h30 d’avion entre Bruxelles et Tunis, à l’histoire de Carthage et à la présence romaine, et, arguments plus conjoncturels, le ciel, le soleil et la mer. Il définit désormais la Tunisie comme une destination « à petit budget », depuis la dépréciation du dinar par rapport à l’euro, à cela près que « le client n’en profite pas toujours, ça va le plus souvent dans la poche du tour-opérateur. »

Chaleur de l’accueil

Même si « la révolution a rendu les gens un peu nerveux, une tension qui est en train de s’estomper », « chez nous, la chaleur de l’accueil est naturelle, spontanée. » « Le tourisme, c’est une chaîne, une pyramide de détails pour arriver au point culminant, la satisfaction du client. »

À côté du réservoir de 500 millions de consommateurs potentiels, de l’autre côté de la Méditerranée, dans l’espace Schengen, de nouveaux marchés s’ouvrent ici comme ailleurs : des Chinois et autres Asiatiques férus de Sahara, d’histoire et de culture, des Africains, du Congo à l’Afrique du Sud, pour le tourisme médical et d’affaires, notamment à cause de prix très compétitifs, y compris par rapport à la concurrence turque.

A moyen et long terme, Afif Kchouk juge les perspectives bonnes, avec une situation économique ne pouvant que s’améliorer. Surtout, « cette démocratie, cette liberté d’expression s’enracine, s’applique dans la vie quotidienne. Elle est en train de créer une nouvelle Tunisie. »

Lire aussi le reportage touristique en Tunisie dans notre supplément du week-end Quid.

« L’activité reprendra comme elle a diminué, avec un certain décalage »

Il y a 20 ans, ce n’était que sable en bord de mer et marécages dans l’arrière-pays. Aujourd’hui, c’est une station balnéaire d’une capacité de 21 000 à 42 000 lits, et 249 hectares exploités. A côté de la médina traditionnelle, le grand succès de la Hammamet moderne, c’est sa marina, un port de plaisance né d’une décision prise en 1991.

« On a bien commercialisé le port au début, en juillet 2001, dit Imed Mzoughi, son directeur, puis il y eut une baisse en septembre 2001, et les problèmes sont arrivés. » Depuis, l’activité nautique connaît des hauts et des bas. Le port lui-même comporte 750 anneaux, dont une centaine pour le passage. Après avoir acquis sa vitesse de croisière entre 2009 et 2011, la marina de Hammamet souffre : 65 % de remplissage actuellement.

« Il n’y a plus d’activité de passage, déplore Imed Mzoughi, or, pendant la période estivale, le chiffre d’affaires du passage était supérieur à celui de l’hivernage. Actuellement, il ne représente plus que 15 %. » Entre 2015 et 2016, la baisse du chiffre d’affaires est de 33 %.

Sur l’antenne de « radio ponton »

Entre-temps, « la communication ‘radio ponton’a donné le mot-clé : Tunisie pas sûre. Pour le changer, il faut beaucoup travailler. » « On ne s’arrête pas, dit encore le directeur du port, on n’a jamais lâché les amarres, sinon on part à la dérive. »

A Hammamet, en nautisme, l’Europe représente 56 % de la clientèle, 22 % sont d’autres nationalités et le reste est représenté par des Tunisiens,« surtout la navigation à moteur, pas en voile. »

Le problème, c’est que, « dans le domaine du nautisme, il n’y a pas de risque clair, mais on a eu un coup dur sur la plage de Sousse. Celui du musée a eu un impact sur la partie croisière. »

Celle-là, tout le monde la regrette, en Tunisie. Les paquebots géants, qui amènent de 3 500 à 4 000 passagers par vagues successives, passent leur chemin des côtes tunisiennes. Mais MSC et Costa son en négociation avec l’Etat alors qu’objectivement, la situation sécuritaire du pays semble calme, à l’exception de certaines régions frontalières avec la Libye en ébullition.

« Cette situation fait changer le caractère du prestataire, note Imed Mzoughi. Il était souriant, maintenant, il est inquiet, il sourit rarement. » Naturel, ce sourire devrait revenir, mais pas au galop : « Ici, l’activité reprendra comme elle a diminué, avec un certain décalage. » Comme un bateau à la manœuvre.

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