Cri d’alarme de trois anciens présidents sud-africains

Cri d’alarme de trois anciens présidents sud-africains

Le président sud-africain Zuma est de plus en plus critiqué même si son nom n’a cette fois pas été clairement cité

Les anciens chefs d’Etat sud-africains Frederik de Klerk (1989-1994), le dernier Président sous l’apartheid, Thabo Mbeki (1999-2008), qui succéda à Nelson Mandela, et Kgalema Motlanthe (2008-2009), qui assura l’intérim après la démission du précédent, ont appelé ensemble, vendredi, à agir de manière urgente pour mettre un terme à la crise « destructrice » dans leur pays et annoncé que leurs fondations respectives allaient ouvrir un « dialogue national ». Sans l’attaquer ouvertement, cette initiative inédite vise le président Jacob Zuma, élu (au suffrage indirect) en 2009 et réélu en 2014.

L’actuel chef de l’Etat accumule en effet les scandales, notamment de corruption, et plusieurs de ses décisions ont fait chuter la monnaie nationale, le rand. Ces dernières concernaient la mise à l’écart de ministres des Finances qui s’opposaient à des manœuvres non-orthodoxes du chef de l’Etat.

Corruption contre rigueur

C’est une décision de ce type qui a réattisé la crise depuis quelques semaines. Fin mars, Jacob Zuma a limogé plusieurs ministres, essentiellement, estiment les analystes sud-africains, pour se débarrasser de son ministre des Finances, le très respecté Pravin Ghordan, partisan de la rigueur budgétaire et de la transparence. Il a été remplacé par un de ses proches, Malusi Gigaba.

Depuis lors, deux des trois agences de notation financière mondiales, Standard and Poor’s, puis Fitch Ratings, ont fait baisser la note de la dette de l’Afrique du Sud en catégorie spéculative. Toutes deux avaient estimé que le limogeage de Pravin Ghordan créait un risque de dérapage budgétaire du pays.

Dissensions internes et manifes

Le remaniement controversé a également fait apparaître d’importante dissensions au sein du parti au pouvoir depuis 1994, l’African National Congress (ANC) de Nelson Mandela. Et il a suscité des manifestations de dizaines de milliers de personnes. Cette semaine, note l’AFP, il a aussi jeté une ombre sur le « Davos africain » – le Forum économique mondial sur l’Afrique – qui s’est déroulé à Durban, nombre d’investisseurs s’inquiétant de la perte de stabilité de l’Afrique du Sud. Hier jeudi, l’opposition a obtenu d’un juge qu’il exige du  chef de l’Etat la publication des documents qui ont justifié le limogeage de Pravin Ghordan, tandis que ce dernier s’interroge publiquement sur le temps qu’il faudra pour « passer de la corruption en général à une véritable kleptocratie »?

Une nouvelle motion de défiance a été déposée contre le président Zuma – avec, estime-t-on, peu de risques, pour lui, d’être adoptée. Son parti détient en effet 62% des sièges et le comité exécutif de l’ANC, en novembre dernier, avait décidé de ne pas appuyer un appel à sa démission venu de l’intérieur du parti.

Reste qu’à chaque nouvelle crise, la popularité de Jacob Zuma s’effrite un peu plus. Tiendra-t-il jusqu’aux élections de 2019.

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