Move With Africa: les inégalités dans nos assiettes

Move With Africa: les inégalités dans nos assiettes

L’Institut CECS La Garenne partira avec l’ASBL Africapsud au Bénin.

Ce mercredi après-midi-là, l’Institut CECS la Garenne à Charleroi est vide. Pas un chat dans les dédales d’escaliers et de couloirs de cet immense établissement. Ce sont nos 5 sens qui nous servent de guides pour retrouver la classe des élèves du projet Move With Africa. En effet, l’air est imprégné des délicieux parfums des petites madeleines au lait de soja et des succulents petits cakes aux pépites de chocolats préparés avec amour par une professeure, et des éclats de rires fusent de la classe recherchée.

Une ambiance chaleureuse et bienveillante règne ce jour-là entre les élèves et leurs professeures, amplifiée par le charisme sans faille de Pierre, l’animateur responsable de l’ASBL Africapsud.

« On ne parle pas pendant le jeu ! » déclare-t-il, le sourire aux lèvres face aux élèves qui jouent aux cartes répartis en quatre petits groupes distincts. Mais quel est le processus de ce jeu ?  Pourquoi les élèves sont-ils divisés en groupe et jettent-ils leur carte sur la table, se tapotant parfois la tête ou tapant violemment sur le tas de carte? Quel est ce jeu original ?

Les élèves du CECS la Garenne en plein jeu.

Les règles de vie

Et bien c’est très simple. Chaque groupe a reçu les règles du jeu en question. Et, après un certain laps de temps, les gagnants et les perdants changent de groupe et ainsi de suite. Ce que les élèves ne savent pas, c’est que les règles données au départ ne sont pas tout à fait les mêmes pour chaque table. Difficile de s’y retrouver d’autant que la parole est interdite. Des moments d’effervescence émergent car les joueurs ne se comprennent pas ou cherchent à imposer les règles qu’ils connaissent ou bien sont totalement perdus et passifs.

« Comment vous êtes-vous sentis pendant le jeu ? » demande Pierre au moment du defriefing. Les réponses varient : « Moi je me suis adapté. J’ai compris que les règles étaient différentes pour les autres », « Moi ceux qui arrivaient à ma table ils jouaient à MES règles. Et s’ils ne voulaient pas bah c’était tant pis pour eux », « Moi je me sentais frustré. Je ne comprenais pas et je n’arrivais pas à imposer mes règles », etc. Il ressort que plus on est nombreux à appliquer une même règle, moins il est facile pour un nouveau d’arriver et d’imposer ses propres règles. « Si tu viens à notre table, tu t’adaptes », n’est-ce-pas une phrase évocatrice des réalités sociétales actuelles en termes d’interculturalité ? Pourtant tous les groupes n’ont pas fonctionné de la même manière. Certains ont réussi, malgré les règles différentes, à continuer le jeu.
L’objectif de ce jeu est ainsi de comprendre que la société et les cultures sont, elles-aussi, régies par des règles, des lois, des traditions qui dictent nos comportements et attitudes de tous les jours sans même que nous ne nous en rendions compte. En fonction de multiples facteurs tels que l’environnement, la classe sociale, le genre ou la culture, nous percevrons les choses parfois très différemment. Il est important d’en être conscient et, par conséquence, de rester ouvert à l’échange sans tomber dans la peur du changement, ou, tout simplement, dans la peur de l’autre. Au Bénin, les élèves seront confrontés à des situations qu’ils percevront comme étranges, choquantes sinon même immorales et qui susciteront en eux des réactions fortes, passant du fou-rire aux pleurs. Il faut alors pouvoir prendre du recul et tenter de comprendre toutes les facettes de l’environnement de l’autre pour mieux le comprendre.

Ce travail de prise de conscience nécessaire se prépare en amont et se fera sur une longue durée grâce aux différents ateliers menés par Africapsud et ses animateurs.

On ne comprend pas toujours les règles du jeu, mais on arrive à s’entendre!

Comprendre la sécurité alimentaire

Place à une thématique plus précise. Assis sur des chaises placées en U face à l’écran, nous entamons avec les élèves attentifs un petit film sur la sécurité alimentaire. En quelques minutes, nous voilà bombardés d’informations. Comprendre la sécurité alimentaire, c’est intéressant, mais c’est aussi très complexe.

On commence pourtant par la base qui est de constater qu’avec une population mondiale d’environ 6 milliards d’humains, il y a 850 millions de personnes sous-alimentées (un humain sur sept). Quels sont les éléments qui font qu’on est sous-alimentés? Et bien, apparemment, avant tout le lieu de naissance, puisque 820 millions des 850 millions de personnes sous alimentées vivent dans la partie sud de la planète. Pourquoi une telle injustice ? Comment cela se fait-il que ceux qui nous alimentent soient eux-mêmes sous-alimentés ? Il y a plusieurs explications à ce problème. Une première pourrait être le fait que, dans certaines régions, les parcelles de terre exploitables sont infimes et ne suffisent pas à nourrir une famille. Une autre serait que, parfois, les agriculteurs ne sont pas propriétaires de la parcelle de terre qu’ils exploitent. Ou encore que, dans certains endroits, l’accès aux techniques et aux outils nécessaires pour produire plus et conserver ses récoltes toute l’année n’est pas fourni. Enfin, certains pays sont dotés de richesses naturelles tel que le pétrole, avec pour impact que travailler en tant qu’agriculteur devient moins intéressant que travailler dans le secteur du pétrole.

Pierre, l’animateur de Africapsud, est toujours de bonne humeur et plein d’entrain pour stimuler son audience!

Voici un cas qui illustre ce problème. Ousman est agriculteur mais décide de partir vivre en ville pour travailler dans une usine de pétrole car le salaire est plus intéressant. Vivant en ville, Ousman ne veut plus manger du manioc. Il veut manger du pain. Cette envie provient souvent du mécanisme qu’on appelle la « création de besoins ». Via différents canaux, on crée le sentiment du besoin d’un aliment qui ne pousse pourtant pas correctement dans le pays où on vit. Omar, lui, est agriculteur mais, vu la baisse de demande pour le manioc, il décide de convertir la production de manioc en production de coton pour ensuite utiliser cet argent afin de s’acheter du riz. Le problème c’est que le prix de ces aliments dépend de tradeurs, qui, concrètement, augmentent ou baissent le prix de certains produits au gré de leurs envies. Si ces tradeurs décident d’augmenter le prix du blé par exemple, cela augmentera aussi le prix du riz. Omar comme Ousman n’auront dès lors plus de quoi s’acheter leur aliment principal. C’est ce qu’on appelle la dépendance alimentaire.

Au fil des questionnements, on en vient à se demander comment faire quand on sait que la population ne cesse d’augmenter alors que la production et la répartition de la production alimentaire ne se fait pas de manière égalitaire ? Augmenter la quantité de terres cultivées ? Malheureusement, la surface de la terre est limitée. Augmenter le rendement des terres ? C’est effectivement ce que certains pays font. Mais cet exploit consomme beaucoup d’engrais, de pesticides, de pétrole, d’eau et pollue énormément. Il faudrait alors repenser la production en tentant de produire plus et mieux. Mais comment ? Et bien en utilisant des produits moins agressifs, en appliquant des cultures rotatives ou encore en favorisant la cultivation des plantes locales. Mais il faut tenir compte du fait que ces techniques coûtent souvent très cher et que peu d’agriculteurs y ont accès.  Dans un monde plus solidaire et plus égalitaire, plutôt qu’exporter la production du nord vers le sud, une solution serait alors de donner les moyens au sud de créer correctement sa propre production locale.

Et moi, je fais quoi ?

Et maintenant en tant qu’élève de CECS la Garenne, que peut-on faire ? La première étape, c’est  de repenser notre consommation et, plus précisément, ce qui se trouve dans notre assiette. Un même type d’alimentation tend en effet à se généraliser et ce malgré les différences culturelles. On constate une augmentation de la consommation de viande, de poissons et de produits laitiers dans le monde au détriment de certaines céréales et légumineuses. Et cela change tout ! Car il faut 3 kilos de graines pour produire 1 kilo de poulet et plus du double pour produire 1 kilo de bœuf. Il faut commencer à penser autrement, à penser globalement et à réfléchir aux conséquences de nos choix sur le monde. Evidemment, tout cela dépend de multiples facteurs sociaux, économiques, scientifiques et autres. Mais arriver à repenser nos habitudes alimentaires, c’est déjà un premier pas vers un monde durable et un peu plus égalitaire.

Pour illustrer ce phénomène, Pierre propose de regarder les photos prises par le photographe Peter Menzel qui a décidé de photographier la nourriture consommée en une semaine par une famille moyenne de 24 pays différents. Il s’avère très intéressant de regarder les différences de consommation de ces pays. Pierre nous invite à porter notre regard sur la quantité de produits de marque, la quantité de viande consommée, le nombre de plats préparés, d’emballages individuels, etc… Est-ce que le produit est local ou pas ? Y-a-t-il assez de variétés d’aliments pour pouvoir être en bonne santé ? Y-a-t-il tout simplement suffisamment pour toute une famille ? C’est extrêmement révélateur d’observer les différences entre les pays car elles sont symboliques de certains modes de vie qui pourtant tendent à largement s’uniformiser en ce qui concerne les habitudes alimentaires.

L’objectif d’un tel atelier n’est certainement pas de culpabiliser ou de moraliser les élèves sur leurs comportements ou habitudes. C’est avant tout de déconstruire des mécanismes sociétaux et d’ouvrir les yeux sur la réalité actuelle. Nous sommes tous conscients que les répercussions des dynamiques inégalitaires sont souvent les conséquences de décisions prises beaucoup plus haut dans la société. Mais se savoir responsable, se sentir acteur même partiellement, pour agir à son échelle, c’est aujourd’hui plus que primordial.

Aux actes citoyens et bonne route !

Allemagne : € 375, 39/ semaine
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