L’accord de paix au Soudan du Sud, entre scepticisme et espoir

L’accord de paix au Soudan du Sud, entre scepticisme et espoir

L’accord de paix signé entre le gouvernement et les rebelles sud-soudanais en septembre dernier constitue une « lueur d’espoir », alors que plus de six millions de personnes sont en situation de crise ou d’urgence alimentaire, voire de famine, a confié à Belga le directeur local du Programme alimentaire mondial (PAM) pour le Soudan du Sud Adnan Khan. Le plan humanitaire pour ce pays, le plus jeune du monde, a été présenté mercredi à Genève. Depuis décembre 2013, le Soudan du Sud est en proie à une guerre civile opposant les troupes du président Salva Kiir, un Dinka, et les rebelles de Riek Machar, de l’ethnie nuer et ancien vice-président, accusé par son rival d’avoir fomenté un coup d’État. Le conflit s’est entre-temps complexifié avec la fragmentation des forces rebelles et gouvernementales en divers groupes armés. Le 12 septembre dernier, les deux principaux belligérants ont cependant signé un accord de paix à Addis Abeba.

Si le scepticisme reste de mise quant à cette entente sur papier, le responsable local du PAM se veut « prudemment optimiste ». « Le doute sur la pérennité de l’accord de paix est permis, au vu de l’échec des précédents » rapprochements, avance M. Khan. « Mais on observe aussi des avancées sur le terrain qui constituent une lueur d’espoir: dans les zones sensibles, le dialogue a repris depuis le mois dernier entre les chefs locaux des différentes factions, grâce à quoi la population peut à nouveau circuler d’un territoire à l’autre. L’intensité du conflit a ainsi diminué dans certaines parties du pays. »

Les chefs locaux promettent en outre aux organisations humanitaires un meilleur accès à leurs zones d’influence. Depuis deux ans, le Soudan du Sud accapare la première place du classement des pays les plus dangereux pour les travailleurs humanitaires, précisément à cause des luttes pour le contrôle de territoires. Accéder à la population représente un véritable défi, alors que le pays compte 1,7 million de déplacés sur une population totale de 12,9 millions. Pour les zones les plus inaccessibles en raison de l’insécurité ambiante ou des intempéries, une équipe spéciale du PAM part en reconnaissance, évalue les besoins puis livre la nourriture par largage depuis un avion. Aujourd’hui, ce procédé n’est plus utilisé qu’au Soudan du Sud.

« Le PAM a également mis sur pied une équipe chargée de négocier, avec les différents groupes armés, un accès sécurisé pour les bénéficiaires de l’aide humanitaire et nos travailleurs », expose le chef du programme. « Il s’agit d’un mécanisme unique, spécialement développé pour le Soudan du Sud. »

Car l’aide humanitaire rend parfois, et paradoxalement, la population vulnérable. Les civils, en particulier les femmes, venus s’approvisionner en nourriture fournie par les organisations humanitaires deviennent la cible de groupes armés. Fin novembre, 125 femmes et jeunes filles sud-soudanaises ont ainsi été violées ou brutalisées près de Bentiu (nord) en cherchant à se ravitailler, rapportait Médecins sans frontières (MSF). Entre janvier et octobre 2018, les équipes de MSF avaient traité 104 patientes ayant survécu à des actes de violences sexuelles, indique l’ONG. Un chiffre qui contraste avec la flambée de violence envers les femmes de la semaine dernière.

« Au lendemain de la réconciliation, le désarmement des milices n’a pas eu lieu car les différentes factions ne sont pas encore tout à fait sous contrôle. Ceci explique la récente tendance à la multiplication des incidents violents, selon les experts », analyse le responsable onusien.

L’aide alimentaire peut cependant contribuer à la pacification de la région, tout comme une résolution politique du conflit est nécessaire pour combattre efficacement la famine au Soudan du Sud, selon M. Khan. « Un citoyen qui n’est plus en train de mourir de faim peut se soucier de la réussite du processus de paix. Si cet agriculteur réfugié en Ouganda revient cultiver ses terres et que nous pouvons le soutenir dans sa production, il trouve un intérêt au maintien de la paix et devient partie prenante de l’accord. »

En 2014, la moitié (49%) de la population sud-soudanaise jouissait d’une sécurité alimentaire. En septembre 2018, ce taux n’était plus que de 10%. Il s’agit d’agriculteurs vivant dans le sud du pays, une population essentielle à la lutte contre la crise alimentaire puisqu’elle produit de la nourriture non seulement pour elle-même, mais aussi pour le reste de la population. « L’accord de paix doit encore donner à ces cultivateurs l’assurance que leurs récoltes pourront prospérer », conclut Adnan Khan. Actuellement, environ 2,5 millions de sud-soudanais ont trouvé refuge dans les pays voisins.

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