Une soirée pour explorer les ombres et lumières du musée de Tervuren, devenu Africa Museum

Une soirée pour explorer les ombres et lumières du musée de Tervuren, devenu Africa Museum

La RTBF consacre ce vendredi dès 21h une soirée à l’ouverture de l’Africa Museum entre documentaire et débats. Au programme: quatre rencontres, organisées au cœur des anciennes et des nouvelles salles du musée, autour des thèmes majeurs que le nouveau lieu aborde frontalement : histoire et enseignement ; racisme et discriminations ; musée et restitution des œuvres et, enfin, collaboration mise en place avec les artistes contemporains. L’émission peut être (re)vue durant un mois sur la plateforme Auvio de la RTBF.

Le plus grand musée colonial d’Europe promet aujourd’hui de devenir un musée ouvert sur l’Afrique avec une vision critique de l’histoire coloniale. Saura-t-il enfin briser les tabous et poser un regard lucide sur les pages les plus sombres de notre Histoire ? Saura-t-il démolir les stéréotypes profondément ancrés dans l’inconscient collectif? », interroge le réalisateur Daniel Cattier en préambule de son documentaire Totems et Tabous, diffusé ce vendredi sur la RTBF.

Alors que d’autres nations partagent avec la Belgique des souvenirs aigus de la colonisation, « ni en France, ni au Portugal, ni au Royaume-Uni on ne trouve un bâtiment aussi emblématique du passé colonial. Notre musée est assez unique dans son genre », souligne Bambi Ceuppens, anthropologue à Tervuren. Une particularité qui explique aussi pourquoi tant de frustrations et de ressentiments se sont cristallisés autour de ce bâtiment.

C’est ce passé qu’explore en profondeur le documentaire Totems et tabous***. Un film d’autant plus utile et éclairant que l’histoire de la colonisation belge fait toujours cruellement défaut dans le programme scolaire…

Spécialiste des documentaires historiques, le réalisateur Daniel Cattier (Africains poids moyens, Red Star Line, Les routes de l’esclavage) a réuni un impressionnant panel de scientifiques, en Belgique et au Congo, pour asseoir son propos. De nombreux membres de l’équipe de Tervuren posent un regard à la fois critique et raisonné sur les errements du passé et cette vision « fantasmagorique et sauvage de l’Afrique » longtemps mise en avant.

Effacer la vision surannée et biaisée de l’Afrique

Inauguré le 30 avril 1910 par le roi Albert Ier, quatre mois après la mort de Léopold II, le musée a été fermé pour travaux en 2013. Entre les deux dates, cent années se sont écoulées durant lesquelles les critiques et la poussière se sont accumulées sur sa vision surannée de l’Afrique. Tervuren, un musée fossile devenu obsolète vestige de la Belgique de papa.

La palme de la lucidité revient sans conteste à Guido Gryseels, son directeur qui, dès sa nomination en 2001, fait de la rénovation du musée sa priorité.

Avec ses « 120 000 pièces parmi les plus rares et précieuses en Europe », il était temps d’offrir un autre destin aux collections de Tervuren. Et de mettre fin à un autre anachronisme : le fait que le point de vue des Africains en soit totalement absent. « C’est comme si un musée de la femme était entièrement conçu par des hommes », note l’anthropologue Bambi Ceuppens.

Avec la presse présente en nombre ce samedi pour l’inauguration officielle, avec ce documentaire et les débats organisés dans la foulée, le musée souhaite « susciter un autre regard, un changement de mentalités ». C’est bien le but de ce type d’institution. « Ce qui est intéressant, ce sont les questions qu’on se pose à l’issue de sa visite » note, à raison, Madame Ceuppens.

« Proposer un regard neuf en partenariat avec les Africains »

C’est à une riche soirée d’échanges et de débats qu’invite la RTBF ce vendredi. À l’occasion de l’ouverture du nouveau musée de Tervuren, rebaptisé Africa Museum , la chaîne publique a organisé quatre rencontres, au cœur des anciennes et des nouvelles salles, autour des thèmes majeurs que le nouveau lieu aborde frontalement : histoire et enseignement ; racisme et discriminations ; musée et restitution des œuvres et, enfin, collaboration mise en place avec les artistes contemporains.

Un peu à la manière dont la nouvelle aile offre un point de vue à la fois recadré et distancié, propice à une meilleure vision d’ensemble, du bâtiment centenaire, l’Africa Museum sonde l’ossature de l’ex-Musée royal d’Afrique centrale, symbole d’une époque révolue.

Historiens, politiques et artistes

Pour mener à bien ces échanges, l’équipe de l’émission Retour aux sources a fait appel au journaliste Sacha Daout. Ceci afin de profiter de son regard sur l’actualité et de sa pratique des débats qu’il mène tous les mercredis dans À votre avis sur La Une (RTBF). Face à lui se sont succédé hommes politiques et historiens : Pierre Kompany, Hervé Hasquin, Louis Michel, Donatien Dibwe, le professeur Bob Kabamba, l’instituteur Kalvin Soiresse Njall, Carlos Crespo du Mrax, Julien Truddaïu du CEC et, bien sûr, le directeur du musée, Guido Gryseels.

La présentatrice de l’émission, Élodie de Sélys, fidèle à son habitude, a recueilli les témoignages et impressions des artistes après les débats ou face au documentaire diffusé dès 20h 55 (cf ci-dessus). À son micro défilent des talents de tous âges et toutes disciplines : l’humoriste Kody, l’animatrice Cécile Djunga, la slameuse Joy, le plasticien Aimé Ntakiyica, la peintre Géraldine Tobe, les chanteuses Marie Daulne et Manou Gallo ou le rappeur Pitcho. Une belle façon de mettre en avant les talents africains et de conférer un caractère festif à une soirée riche en enseignements.

En veillant à alterner débats et interviews d’artistes, la RTBF a permis à chacun de souffler mais aussi aux opinions de se croiser, se refléter, s’entremêler. La chanteuse Marie Daulne entrant en grande discussion avec la cinéaste Monique Mbeka Phoba et avec l’écrivain In Koli Jean Bofane entre deux prises de parole. Les notes jazzy et les très belles voix de Sybille Cishahayo et de son groupe, originaire du Burundi, insufflant rondeur et tempo dans la toute nouvelle cafétéria du musée, fébrile dans l’attente des centaines de visiteurs attendus ce dimanche.

Musique, peinture, littérature, BD

« Nous voulions convier de nombreux artistes africains et notamment congolais ou burundais », confie Isabelle Christiaens, responsable des documentaires à la RTBF, mais les éternels problèmes de visas et les désistements de dernière minute ont obligé la RTBF à remanier plusieurs fois ses listes d’invités. Qu’à cela ne tienne, le sujet est enfin sur la table, le débat vivra…

Entre membres de la diaspora et artistes résidant en Belgique ou en France, le plateau final est riche et varié : musique, arts plastiques, BD et littérature. On y réentend la voix de Marie Daulne, inoubliable Zap Mama, et on y découvre le travail réalisé avec la chorale des membres du personnel du musée.
On y croise de nombreux jeunes talents aux côtés d’artistes confirmés comme l’écrivain In Koli Jean Bofane à qui devait revenir l’insigne honneur de clore la soirée de sa voix spectrale.

Karin Tshidimba

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