Rwanda: l’opposante Diane Rwigara acquittée par la justice rwandaise

Rwanda: l’opposante Diane Rwigara acquittée par la justice rwandaise

Par Marie-France Cros.

La justice rwandaise a acquitté jeudi l’opposante Diane Rwigara, 37 ans, qui comparaissait avec sa mère pour falsification de documents et incitation à l’insurrection. Le tribunal de Kigali a jugé les accusations « dépourvues de base ».

Diane Rwigara avait annoncé son intention d’être candidate à la présidentielle rwandaise d’août 2017. La Commission électorale l’en avait empêchée, estimant que son dossier de candidature ne remplissait pas les critères exigés. Après la réélection du président Paul Kagamé, elle avait été enlevée par les forces de l’ordre avec sa mère et sa sœur. En septembre, elle avait été officiellement inculpée, ainsi que sa mère – à qui il était reproché des « pratiques sectaires ». Sa sœur avait été libérée faute de charges.

Pas de fausses attestations

Les autorités rwandaises accusaient Diane Rwigara de falsification de documents dans le cadre de sa candidature à la présidentielle: elle aurait fabriqué de fausses attestations de soutien à sa candidature; il en faut 600 pour que celle-ci soit agréée et Diane Rwigara en avait présenté plus de 900.

Le 5 octobre dernier, un peu plus d’un an après leur incarcération, l’opposante et sa mère avaient été libérées sous caution, le tribunal ayant estimé que l’accusation n’avait pas présenté de preuves convaincantes.

Contentieux familial avec le parti au pouvoir

Le contentieux entre le parti au pouvoir au Rwanda, le FPR (Front patriotique rwandais, ex-guérilla) et les Rwigara est vieux de plusieurs années. Le père, Assinapole Rwigara, fut un financier du FPR dans la clandestinité. Après l’arrivée au pouvoir de ce dernier, une fois les génocidaires vaincus, il avait bénéficié de nombreux contrats, avant que les relations s’enveniment; des malversations furent reprochées à l’homme d’affaires. Lorsqu’il mourut dans un accident de voiture, sa famille y vit un assassinat déguisé.

Depuis lors, Diane Rwigara – éloignée de la traditionnelle discrétion des Rwandaises, elle passe, dans son pays, pour une « grande gueule » – avait pris publiquement des positions contre les autorités en place, au grand déplaisir de celles-ci.

L’arrêter par l’humiliation et la force

Lorsque furent connues ses intentions de faire de la politique, début 2017, furent diffusées sur les réseaux sociaux rwandais des photos d’elle nue – « une manipulation », dira-t-elle. Cette humiliation n’avait pas suffi à la dissuader de se lancer en politique.La Commission électorale, puis la prison, eurent finalement raison de son projet.

Si les signatures qu’elle avait recueillies pour présenter sa candidature ne sont pas des faux, on doit en conclure que la Commission électorale a eu tort de lui barrer la route de la course à la Présidence. L’élection aujourd’hui passée, à quel dédommagement Diana Rwigara aura-t-elle droit?

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