Ce vent d’identité qui vous ébouriffe

Ce vent d’identité qui vous ébouriffe

Trois femmes, trois parcours, trois quêtes.

Vif succès pour le festival Mouvements d’identité qui continue à faire parler de lui.

Focus sur l’instinctive Edoxi Gnoula et l’impétueuse Amina Abdoulaye Hama

 Une chaise,  une comédienne, une attitude, un texte, ou plutôt du texte… On ne le  répétera jamais assez, il n’en faut parfois guère plus pour créer  un vrai moment de théâtre, sans filet, un spectacle à part entière, tendu, soutenu, vivant comme l’art qu’il défend. Il suffit, pour s’en convaincre, de  pousser la porte du petit Théâtre Océan Nord à Schaerbeek, où souffle, ces jours-ci,  le vent ébouriffant de l’identité.  Trois femmes, trois comédiennes, trois parcours portés à la scène pour mieux traduire ces trajectoires qui nous concernent. Après le Final Cut de Myriam Saduis, c’est au tour de l’auteure interprète Edoxi Gnoula, mise en scène par Philippe Laurent, et d’Aminata Abdoulaye Hama, mise en scène par Isabelle Pousseur dans un texte de Jean-Marie Piemme, de prendre la parole au cours d’une même soirée. Se succéderont donc  Legs «suite» – comme héritage du nom, de la famille, du pays… –  et J’appartiens au vent qui souffle.

Deux prestations, différentes et complémentaires, prégnantes et réjouissantes, empreintes chacune d’une grande physicalité, pétries d’Africanité, guidées par le bon sens, la colère et la révolte.

Incroyable Edoxi Gnoula

Place, tout d’abord, à Edoxi Gnoula, incroyable et instinctive artiste Burkinabè, découverte par Isabelle Pousseur pour Songe d’une nuit d’été (Théâtre National, 2012), sacrée meilleure humoriste dans son pays en 2013, comédienne hors pair aux allures androgynes,  dans ce costume taillé pour homme. Elle ne trahit que peu à peu sa féminité dans un monologue goûtu, plein de verve, aux accents d’abord politiques pour des propos sortis tout droit des brèves de comptoir. Endossant tour à tour le rôle des différents protagonistes, Edoxi Gnoula défend Thomas Sankara (né en 1949, assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou), Che Guevara africain, adulé par les uns, détesté par les autres, ou accuse son successeur, Blaise Compaoré, d’être un dictateur. Puis se demande pourquoi on dénonce les fonctionnaires qui viennent boire des bières dans le maquis. Le tout ponctué d’attitudes, d’expressions et d’un jeu plus parlants que les mots.  Bien présente également, la sensorialité, l’invitation à manger le foie, la tête de porc qui fume, les intestins à l’ail, à baisser le son en arrière fond… Toute l’Afrique s’invite à travers elle.

 Vient ensuite la question de l’identité, de la paternité, de la reconnaissance si difficile à surgir lorsqu’on est fille d’une mère de cinq enfants avec cinq pères différents. Mais sans ce geste,  fondateur et déterminant,  comment poursuivre la route?

La dualité d’Aminata

Cette route, la toute fraîche Aminata Abdoulaye Hama va la tracer pour nous, elle qui sent deux voire trois Aminata vivre en elle. L’une, les pieds ancrés dans sa terre natale, l’autre, toute noire avec les pieds enfoncés dans la terre blanche, la troisième rêvant d’être autre chose que ce qu’on est.

Nourrie au mélange des cultures, musulmane, belle comme les peuls auxquels elle appartient, irrésistible lorsqu’elle sort quelques accessoires d’une malle pour revêtir le costume traditionnel,  la voici soudain femme et diva sous nos yeux, loin de la gamine initiale, attachée à une chaise par son père. Cette dualité, ces métamorphoses, c’est par le théâtre qu’elle pourra les vivre et les assumer. Mais comment jouer Antigone lorsqu’on a la peau noire? , s’interroge le metteur en scène tandis qu’un autre s’intéressera de trop près à ses fesses.

Née au Burkina, élevée au Niger, elle cherche, à la manière de la Madame Bâd’Erik Orsenna, à obtenir son visa pour l’Europe, kyrielle de formules de politesse à l’appui. Elle s’inscrit à l’Insas, malgré le peu de livres lus, se rattrape, grandit sous nos yeux, s’illumine, se transforme, prête, comme elle l’annonce, à boire le théâtre jusqu’à la dernière goutte.

Bruxelles, Mouvements d’identité, jusqu’au 9/12 à l’Océan Nord.Billetterie@oceannord.org ou 02 216 75 55.

Rencontre d’identité avec Aminata Abdoulaye Hama, Edoxi Gnoula et Myriam Saduis, le 8 décembre à 15 h00. Entrée gratuite sur réservation. A 11h00 :  Conférence/Rencontre avec Seloua Luste Boulbina,

 

 

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