Burkina Faso: feu vert de la justice à l’extradition de François Compaoré

Burkina Faso: feu vert de la justice à l’extradition de François Compaoré

La justice française a donné mercredi son feu vert à l’extradition vers le Burkina Faso de François Compaoré, frère du président chassé par la rue en 2014, Blaise Compaoré, et accusé personnellement de plusieurs exactions. Cette décision est encore susceptible d’un pourvoi en cassation. Pour être exécutée, elle devra faire l’objet d’un décret gouvernemental, indique l’AFP.

François Compaoré s’est surtout fait connaître au monde pour l' »affaire Zongo », du nom du directeur du journal L’Indépendant, le plus lu du Faso à l’époque pour ses dénonciations de la corruption et des abus de pouvoir. Norbert Zongo enquêtait depuis 1997 sur le décès, après tortures, d’un ancien chauffeur de François Compaoré, David Ouédraougo, soupçonné d’un vol chez son patron. Or, le 13 décembre 1998, le corps du journaliste est retrouvé, avec ceux de son frère et de deux amis, dans une voiture en feu; les quatre hommes ont été tués par armes à feu.

Le quadruple assassinat soulève l’indignation au « pays des hommes intègres » (signification de Burkina Faso) et les manifestations de protestations, durement réprimées, font vaciller le régime. Le président Compaoré laisse finalement son frère être inculpé pour l’assassinat de Ouédraougo (le tribunal militaire abandonnera les charges un an plus tard) et fait nommer une commission d’enquête indépendante.

Circulez, y’a rien à voir

Celle-ci accuse des hommes de la garde présidentielle du quadruple crime; ils sont inculpés mais, en 2006, le procès aboutit à un non lieu. Tollé national et international. En mars 2014, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples condamne l’Etat burkinabè pour avoir « violé les droits des requérants à ce que leur cause soit entendue par la justice nationale ». Sept mois plus tard, Blaise Compaoré était renversé par la rue. Il trouve refuge, avec son frère, en Côte-d’Ivoire.

Le 29 octobre 2017, François Ouédraougo, en provenance d’Abidjan, est arrêté par la police française à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, sur base d’un mandat d’arrêt émis en mai 2017 par les nouvelles autorités de Ouagadougou. Placé sous contrôle judiciaire, il conteste son extradition due, assure-t-il, à des motifs « exclusivement politiques ». En décembre  2015, trois ex-membres de la garde présidentielle de son frère ont été inculpés du quadruple meurtre au Burkina Faso.

Disparition à Bruxelles

Fin novembre, indique l’agence Belga, le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête sur la disparition de Rodrigue Yaméogo, un ancien banquier burkinabè arrivé en Belgique en juillet 2018 pour y demander l’asile, qui lui a été refusé. M. Yaméogo assurait pouvoir impliquer François Compaoré dans le quadruple assassinat et manifesté l’intention de rencontrer la justice française: c’est lui-même, assurait-il, que le frère de l’ex-chef d’Etat aurait chargé de payer les tueurs en 1998.

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