La Libye veut surmonter sa guerre des milices et des clans

La Libye veut surmonter sa guerre des milices et des clans

Une rencontre entre les deux hommes forts du pays ranime l’espoir d’une pacification et du maintien d’un Etat unitaire.

Cela ressemble à un début de pacification. La rencontre cette semaine entre les deux hommes forts de Libye a fait renaître l’espoir que ce pays surmonte la guerre à laquelle se livrent des dizaines de milices depuis la chute du régime Kadhafi en 2011. Le Premier ministre du gouvernement d’union nationale (reconnu par l’Onu), Fayez al Sarraj, et le chef de l’Armée nationale libyenne (autoproclamée), le maréchal Khalifa Belqasim Haftar, se sont accordé mardi à Abou Dhabi (Emirats arabes unis) sur le principe d’un règlement de la crise libyenne selon deux axes principaux. La stratégie dégagée lors de cette rencontre entre les deux hommes – la première depuis janvier 2016 – repose, d’une part, sur la formation d’une véritable institution armée unifiée (qui passe par la dissolution des milices définies comme irrégulières) et, d’autre part, sur l’inclusion du maréchal Haftar dans un nouveau conseil de présidence de l’Etat, chargé de préparer les élections présidentielles pour la fin de cette année.

Un militaire incontournable

L’exclusion de ce dernier –  un ancien général de Mouammar Kadhafi qui était sorti de sa retraite en mai 2014 pour combattre les milices islamistes dans l’est du pays – du processus de transition politique constituait une “pierre d’achoppement” dans l’actuelle tentative de résolution de la crise politique libyenne, estime Carlo degli Abbati, professeur de relations internationales à l’université de Gênes et spécialiste de la Libye.

Haftar s’était fait marginaliser dans la composition de l’actuel Conseil présidentiel et d’entente nationale. Cette instance, sorte de présidence collégiale provisoire du pays, découle des accords de Skirat (Maroc), adoptés en décembre 2015 sous l’égide de l’Onu, tout comme le gouvernement d’union nationale de Fayez al Sarraj, aujourd’hui basé à Tripoli.

“D’après l’annexe 8 des accords de Skirat, il revenait au Conseil présidentiel le pouvoir de nommer le chef des armées. Et il n’a pas été prévu que ce rôle soit attribué au général Haftar”, résume M. degli Abbati. “Donc, s’il y avait un compromis qui permettrait la récupération du M. Haftar dans le cadre d’une entente nationale, cela pourrait être le début d’un règlement de la situation gravissime de la Libye. Ce serait une première piste de composition nationale.”

La communauté internationale voit en Haftar une personnalité controversée. L’homme, qui s’est adjoint les services de composantes de l’ancienne armée libyenne (dont la force aérienne), reste évasif sur ses ambitions. Ce qui alimente toutes les spéculations, dont celles qui le propulsent à la place du dictateur déchu.

Aujourd’hui, le général promu maréchal (depuis la poussée militaire de l’an dernier qui lui a permis de s’emparer du Croissant pétrolier aux mains de milices islamistes liées au groupe Etat islamique) est soutenu par le Parlement de Tobrouk (reconnu par l’Onu) dans l’est du pays –  la Chambre des représentants issue des élections de juin 2014. L’homme contrôle d’ailleurs la plus grande partie de la Cyrénaïque, la grande province de l’est du pays. Il se pose donc en acteur incontournable pour une solution politique qui entend préserver l’unité de l’Etat libyen et éviter le scénario de sa partition.

Une entente entre soutiens étrangers

La tenue de cette rencontre à Abou Dhabi, à l’initiative des Emirats arabes unis et où se rendait le lendemain le président égyptien Abdel Fatah al Sissi, est aussi un élément encourageant, d’après le professeur Degli Abbati.

“Il se peut qu’il y ait un début d’accord entre les soutiens internationaux (des deux camps), ce qui est une condition sine qua non pour parvenir à une solution durable dans le pays. Car la crise libyenne n’est pas seulement un problème local, elle s’est élargie avec la présence de toute une série d’acteurs externes” précise le chercheur. “Les Emirats et l’Egypte ont toujours exercé un rôle important de soutien du général Haftar, qui dit lutter contre les islamistes. De leur côté, le Qatar et la Turquie ” (où l’islamisme est influent, Ndlr) soutiennent le gouvernement de Sarraj.”

En guise de confirmation de l’importance du soutien extérieur à la résolution de la crise libyenne, le ministère des Affaires étrangères des Emirats a estimé que la rencontre entre MM. Sarraj et Haftar représentait “un pas important dans le processus politique”.

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