Conflit au Sahara occidental: le Maroc cherche à impliquer davantage l’Algérie

Conflit au Sahara occidental: le Maroc cherche à impliquer davantage l’Algérie

A Genève, lors de la rencontre organisée par les Nations Unies les 5 et 6 décembre pour organiser la reprise des négociations de paix au Sahara Occidental, le Maroc restera sur ses positions. En parallèle, il cherche à impliquer l’Algérie.

Le Roi a défini les quatre paramètres sans lesquels il ne peut y avoir de solution au Sahara occidental : pas de processus de négociation sans les acteurs réels du conflit ; pas de solution sans autonomie ; pas de négociations en dehors des Nations unies ; pas de déviation des discussions sur des sujets différents, comme les droits de l’homme”, commente un haut diplomate marocain, sous le sceau de l’anonymat. À Genève, lors de la rencontre organisée ces 5 et 6 décembre, le Maroc restera sur ses positions : le territoire sahraoui est marocain et la seule issue à ce conflit est le plan d’autonomie présentée par le Maroc en 2007. Toutefois, cette tentative de reprendre les négociations de paix au Sahara occidental – à l’arrêt depuis 2012 – s’inscrit dans un tout autre contexte.
“La reprise des négociations ne correspond pas à la stratégie du Maroc car en concevant son plan d’autonomie, il pensait amener la communauté internationale à le valider et à valider ainsi sa politique du fait accompli (il administre de fait une partie du Sahara occidental depuis 1991, NdlR) mais cette stratégie est un échec. Là, cette nouvelle rencontre replace le Maroc sur un pied d’égalité avec le Polisario. C’est un retour à la case départ”, estime Khadija Mohsen-Finan, spécialiste du Maghreb et enseignante chercheuse à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Du moins le Maroc a-t-il obtenu que l’Algérie soit présente à cette table ronde. “Les précédentes négociations ont été un échec notamment parce que le tour de table n’était pas approprié. Cette fois, l’Algérie sera présente. Dans le paragraphe 5 de sa dernière résolution, le Conseil de sécurité de l’Onu mentionne que trois pays et le Polisario ont accepté de participer à la table ronde. Il ne fait aucune distinction entre ces pays”, souligne le haut diplomate marocain.
Une nouvelle dynamique pour Rabat
“Le Maroc a toujours affirmé que l’Algérie était le principal concerné. Il a toujours voulu désigner le conflit au Sahara occidental comme un conflit opposant le Maroc à l’Algérie par l’intermédiaire du Polisario”, note Khadija Mohsen-Finan.
Pour impliquer davantage l’Algérie, Mohammed VI l’a invitée, dans son discours du 6 novembre, à “un dialogue direct et franc” . Faute de réponse officielle, le ministère des Affaires étrangères marocain a exprimé ses “regrets” et “réitéré” sa demande. “La force diplomatique de l’Algérie, c’est justement de ne rien dire. En restant simplement sur ses positions, elle parvient à nuire au Maroc à peu de frais. C’est très confortable. Genève lui offrira une tribune, si elle veut s’exprimer, rappelle la spécialiste. Le Maroc espère que les mutations qui peuvent s’opérer au sein de l’exécutif algérien se feront à son profit, mais rien ne permet de le dire. C’est bien là le gros problème de ce conflit : les deux régimes qui s’affrontent n’ont pas évolué.”
“L’impasse des négociations en 2012 n’a jamais été le fait du Maroc, insiste le diplomate marocain. Nous avons fait une proposition de compromis crédible qui a été reconnue comme telle. Nous avons également pris l’initiative à l’Union africaine et là, nous venons de tendre la main à l’Algérie.”
De fait, sans pouvoir parler de rupture dans sa stratégie, le Royaume est entré, avec son retour en janvier 2017 dans l’Union africaine, dans une nouvelle dynamique. Il a même accepté un compromis inattendu avec la République arabe sahraouie démocratique (RASD) avec la mise en place d’un “mécanisme africain” l’été dernier. Lequel a désormais pour mission de soutenir l’Onu dans la résolution de ce conflit. Le Maroc semble ainsi vouloir mettre un terme au statu quo et trouver enfin une issue au conflit, pourvu qu’elle lui soit favorable.
Julie Chaudier
Correspondante à Casablanca

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