Conflit du Sahara occidental: quatre chaises pour rompre la glace

Conflit du Sahara occidental: quatre chaises pour rompre la glace

L’Onu réunit à Genève le Maroc, le Front Polisario et deux “observateurs”.

Renouer le contact rompu il y a six ans. Si la table ronde que les Nations unies organisent mercredi et jeudi à Genève entre les protagonistes du Sahara occidental n’avait qu’une vertu, ce serait déjà celle-là. Le Sahara occidental est le dernier territoire d’Afrique à attendre un règlement définitif de son statut juridique postcolonial. Bordé par la côte nord-ouest de l’Afrique et plus vaste que le Royaume-Uni, ce territoire figure jusqu’ici sur la liste des territoires non autonomes de l’Onu (dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes).
Le dernier cycle de négociations avait échoué en 2012, cinq ans après la proposition du Maroc (la puissance administrante) d’accorder à ce territoire une large autonomie sous sa souveraineté. Une proposition inaudible pour le mouvement indépendantiste Front Polisario, qui continue à réclamer un référendum d’autodétermination.
Maroc, Polisario, Algérie et Mauritanie à la même table
À la différence du dernier cycle, tous les protagonistes du dossier seront présents. Le représentant spécial de l’Onu, Horst Köhler, chargé du dossier depuis l’an dernier, a invité quatre parties à la suite d’un patient travail de consultations individuelles. Le Maroc, qui considère le territoire sahraoui comme ses Provinces du Sud, développe et administre de facto une grande partie de celui-ci depuis qu’il a exprimé cette prétention dès 1975 avec la Marche verte. Le Polisario, soutenu par l’Algérie, a déclaré en 1976 la République arabe sahraouie démocratique (RASD) sur la partie restante (à l’est). L’Algérie, que le Maroc considère comme partie prenante dans ce dossier, dit venir en “observateur”. Elle abrite pourtant quelque 173 600 réfugiés sahraouis (selon le dernier recensement de l’Onu fin 2017) dans des camps situés dans la région de Tindouf, frontalière avec le Maroc, dans le sud-ouest du pays. Elle a saisi il y a quinze jours l’Union du Maghreb arabe pour que celle-ci tente une médiation. La Mauritanie vient aussi à Genève en observateur, ayant cédé ses droits sur le territoire en 1979.
Des enjeux politiques  et économiques
Le premier enjeu est de “rompre la glace”, selon les Nations unies, qui  parlent d’une “table ronde initiale”, afin de jauger si l’on peut “ouvrir un nouveau chapitre dans le processus politique”. L’objectif est donc bien d’amorcer des négociations avec tous les protagonistes du dossier, devenu en un peu plus de quarante ans un casse-tête diplomatique. Le Maroc semble avoir donné des gages le mois dernier en lançant à l’Algérie une invitation à dépasser leurs différends. L’enjeu politique de fond est de parvenir à un statut juridique définitif, si possible par référendum. Celui-ci reste l’un des objectifs de la bien nommée Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum (Minurso) – dont les mandats ont cette année été raccourcis à six mois sous pression américaine.
Les enjeux sont aussi d’ordre économique. Les eaux atlantiques qui bordent les 1 100 kilomètres du littoral sahraoui sont particulièrement poissonneuses. Quant à son territoire, il regorge de phosphates (utilisés dans certains engrais). Des intérêts importants dont l’un des enjeux concerne la juste redistribution à la population sahraouie.
Des liens établis avec le Maroc
Le Maroc poursuit son administration sur base sur l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) qui, le 16 octobre 1975, établit “l’existence, au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental”. Toutefois, la Cour exclut un “lien de souveraineté nationale” de la part du Maroc. “En termes de légalité, la situation n’a pas changé, l’avis de la CIJ de 1975 reste d’application, les nombreuses résolutions de Conseil de sécurité restent valides”, souligne un observateur académique.“Mais entre le droit et la légalité internationale, d’une part, la realpolitik et les situations de facto, il y a souvent une marge significative. Et pas seulement dans cette région.”
 

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